Le Pacte des loups, film de Christophe Gans sorti en 2001, demeure un objet unique dans l’industrie du cinéma français : un thriller fantastique en costumes d’époque, bourré d’effets spéciaux (dont le bullet time, cet effet visuel qui donne l’illusion d’un ralenti à l’extrême) et de chorégraphies de combats. Le budget − 32 millions d’euros − est à la hauteur du tournage éprouvant (23 semaines au lieu de 15 en raison de la météo cauchemardesque) et du casting exceptionnel : Samuel Le Bihan, Mark Dacascos, Vincent Cassel, Jérémie Renier, Émilie Dequenne…
WatchDes corps défigurés ou décapités
Si Le Pacte des loups a séduit plus de 5 millions de spectateurs en France à sa sortie, c’est aussi parce qu’il s’inspire de l’un des plus grands mystères du XVIIIe siècle : la Bête du Gévaudan. En s’inspirant de cette légende, Christophe Gans a, avant tout, cherché à insuffler une dimension romanesque et spectaculaire à son film davantage qu’à imprimer une rigueur historique puisque, dans le film, l’identité de la bête est révélée.
Entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, ce qui est décrit comme « une bête féroce » dévore entre 88 et 124 personnes dans le comté historique du Gévaudan.
Dans les faits, en revanche, le mystère de la Bête du Gévaudan n’a jamais été totalement élucidé. Entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, ce qui est décrit comme « une bête féroce » dévore entre 88 et 124 personnes dans le comté historique du Gévaudan, région pauvre d’élevage aux terres hostiles et marécageuses, située à cheval entre l’Auvergne et le Languedoc. Les victimes sont, pour la plupart, des bergères ou des gardiennes de troupeaux isolés ainsi que des enfants, dont les corps sont retrouvés avec des entailles profondes, souvent défigurés ou décapités.
La bête, star des médias
En juin 1764, Jeanne Boulet, jeune bergère de 14 ans, garde son troupeau lorsqu’elle est sauvagement attaquée, par un loup, semble-t-il. On découvre son corps mutilé quelques heures plus tard. Personne ne s’inquiète vraiment : des loups vivent dans la région et les villageois sont conscients des risques de la vie pastorale.
Mais le nombre de victimes s’accroît et la terreur s’empare peu à peu de la population. Vu l’extrême violence des attaques, ce ne peut être un loup ordinaire. On se met alors à parler de « la bête ». L’évêque de Mende, Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré (1685-1767) croit même en un châtiment divin et exhorte à la prière. Des battues sont organisées, mais en vain.
L’effroi est tel qu’il gagne l’ensemble du pays. La presse, en manque d’événements marquants à raconter depuis la fin de la Guerre des Sept Ans (1756-1763), en profite pour en faire ses choux gras. Le Courrier d’Avignon puis la Gazette de France se saisissent de ce fait divers sanglant et en font un véritable feuilleton, n’hésitant pas à en exagérer les contours. À tel point que l’histoire de « la Bête du Gévaudan » dépasse les frontières françaises et acquiert une renommée internationale.

Dans « Le Pacte des loups » (2001), le chevalier Grégoire de Fronsac (Samuel Le Bihan) enquête sur de terribles attaques perpétrées par une créature féroce surnommée « la Bête du Gévaudan ». ©Canal+Loup-garou, tueur en série… ?
À l’automne 1764, le capitaine Duhamel, originaire de la région, est chargé de traquer la Bête du Gévaudan. À la tête d’une cinquantaine de dragons (soldats à cheval, mais qui combattent à pied), il recrute des milliers d’habitants pour tenter de l’attraper. Sans succès. Face à l’ampleur que prend cette affaire, le roi Louis XV, craignant pour son autorité, décide d’envoyer ses meilleurs chasseurs. Mais eux aussi échouent. Il missionne alors son propre porte-arquebuse, François Antoine, lequel réussit, en septembre 1765, à abattre un gros loup. La dépouille, prétendument considérée comme celle de la bête, est exposée à Paris. Mais, deux mois plus tard, les attaques reprennent.
Il faudra attendre le 19 juin 1767 pour que Jean Chastel, un chasseur du cru, tue une créature « à la tête hideuse » ressemblant à un loup.
Trop embarrassées par leurs échecs successifs, les autorités délaissent l’affaire tandis que la presse s’en détourne, abandonnant les habitants du Gévaudan à leur propre sort. Il faudra attendre le 19 juin 1767 pour que, lors d’une battue organisée par le marquis d’Apcher, seigneur local du Château de Besque, un chasseur du cru, Jean Chastel, tue, avec une balle en argent, raconte-t-on, une créature « à la tête hideuse » ressemblant à un loup. Les massacres cessent du jour au lendemain.
Pas de quoi apaiser les esprits, toutefois, puisque les hypothèses les plus folles vont commencer à circuler : la légende de la Bête du Gévaudan est née. D’aucuns avanceront la théorie d’un loup-garou ; d’autres, celle d’un tueur en série qui aurait dressé un animal féroce ou encore celles d’un fauve égaré (une hyène, un jeune lion), d’une meute de loups ou d’un animal hybride entre un chien et un loup.
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