Si la moitié de la Belgique autorise cette baignade récréative en eau libre, combien de temps encore la Wallonie conservera-t-elle l’interdiction ? C’est toute la question, dès lors que nager partout et tout le temps comporte des risques.
Pourquoi la mer reste dangereuse, même pour les bons nageursSe baigner sans surveillance peut être dangereux pour une partie de la population
Aucune donnée officielle n’existe en Belgique sur le nombre de noyades recensé durant l’été. Par an, on en estime entre 60 et 100. En France, entre le 1er juin et le 30 septembre, l’État dénombrait 409 décès par noyade en 2025, 350 en 2024. Cette année, rien qu’entre le 1er mai et le 15 juillet, 274 en sont décédées, dont 80 % pendant les périodes caniculaires. De quoi donner la tendance globale de l’été et de ceux à venir.
Permettre à la population de nager dans toutes les eaux publiques pourrait, de fait, ne pas être sans conséquence. “Il est en effet raisonnable de s’attendre à une augmentation des personnes en difficulté par épuisement ou hypothermie, des disparitions sous l’eau nécessitant des recherches, des traumatismes liés aux plongeons ou à des obstacles immergés, des accidents impliquant des nageurs et des embarcations et des interventions concernant des pratiquants utilisant des bouées de nage, paddles ou kayaks, considère Marie Gathon, la porte-parole de la zone 2 de secours de Liège. Le nombre d’interventions subaquatiques pourrait également augmenter en raison d’une fréquentation plus importante, d’accidents dans des zones non aménagées et de témoins incapables de localiser précisément le lieu d’immersion. Cela aura pour conséquence davantage de missions pour les équipes de plongée, un recours plus fréquent aux drones et aux sonars lorsque disponibles et une coordination renforcée avec la police et la protection civile.”
Des accidents plus fréquents qui plus quasi inévitables, le niveau général de nage de la population tendant à diminuer, à l’instar des cours de natation au sein des écoles. Et dans ces nouveaux lieux de baignade, pas de maîtres-nageurs ou de surveillants pour garantir la sécurité.
Voici la liste des 26 lieux de baignade wallons en eau libre accessibles qui étaient accessibles à l’été 2024La population n’est pas en mesure d’évaluer les risques sanitaires
Une sursollicitation des équipes de secours pourrait émaner de l’état des eaux, sales, polluées ou infectées. L’an dernier, la province du Limbourg fermait en été quatre sites de baignade à cause de la présence d’algues bleu-vert à la surface. Ces cyanobactéries sont dangereuses, la substance libérée lorsque ces algues meurent étant toxique. Impossible donc, de veiller à leur absence sur l’ensemble des zones de baignade non surveillées, de fait pas aussi assidûment contrôlées. La VRT précise qu’aujourd’hui, la moitié des cours d’eau flamands sont sanitairement propres, l’autre moitié pas encore sans qu’aucune mesure ne soit prévue pour y remédier.
Globalement, l’autorisation de nage en eau libre repose donc sur la responsabilité individuelle, en comptant sur chacun pour ne pas se retrouver dans l’eau sans maîtrise, mise à part dans les communes qui refuseront de s’y plier en appliquant une interdiction préventive. Autoriser en Wallonie “aura très probablement des répercussions directes sur les services de secours, notamment les équipes de sauvetage et les centres 112, ce changement entraînant inévitablement une augmentation probable du nombre d’interventions.”
La zone 2 de secours de Liège l’anticipe déjà. “La zone est pleinement consciente des enjeux et a déjà mis en place un bon nombre de dispositions pour absorber un changement de législation éventuel.” Concrètement, elle soutient la création d’un inventaire des sites de baignade potentiels, celle de fiches opérationnelles pour mieux appréhender le périmètre en cas d’intervention, le renforcement d’entraînements en situation etc.
Les secours recommandent également, et cela s’applique plus largement à toutes les zones de baignade du pays et d’ailleurs, de “ne jamais nager seul, porter une bouée de sécurité visible, éviter l’alcool avant la baignade, respecter les interdictions locales, tenir compte de la température de l’eau et connaître les risques liés aux courants et au trafic fluvial.” Il faut toujours se méfier de l’eau, même celle qui dort.