Le 24 février 1967, l’Étoile roannaise organise un grand gala au Palais des fêtes. Le célèbre de club de gymnastique fondé 60 ans plus tôt a, au cours de ces décennies d’existence, récolté de multiples trophées et s’est construit une solide réputation au niveau national.
Pour répondre aux attentes liées à cette réputation, l’association décide que ce gala mêlera sportifs et artistes.
Un anniversaire « boudé »
Le challenge est audacieux, voire risqué. Il s’agit de réunir sportifs de haut niveau et artistes locaux lors d’un même événement auquel a également été convié le jeune trublion de la chanson française : Antoine. Un cocktail qui ne semble guère séduire les Roannais. Notre journal explique que ces derniers « ont boudé ce 60ᵉ anniversaire de l’Étoile roannaise où, malgré la présence d’Antoine, le record d’affluence fut loin d’être battu ».
La soirée était pourtant présentée la gracieuse Danièle Boyer, des Concerts Roannais. Ces derniers avaient également programmé l’Irrésistible Marius, ainsi qu’un Bruno Michel accompagné par la formation de Garangou.
En première partie du gala, les meilleurs gymnastes français se succèdent dans des exhibitions de force, de souplesse et d’adresse pour le plus grand plaisir du public. Celui-ci est néanmoins beaucoup plus réservé lorsqu’Antoine monte sur scène. Le look délibérément beatnik du chanteur recueille même quelques quolibets.
« Une stridente cacophonie »
Notre journal aussi juge le choix de la tête d’affiche discutable et notre confrère d’alors n’est pas convaincu. Il évoque « le bruit assourdissant des guitares électriques amplifiées à l’extrême dans une stridente cacophonie ».
Il décrit même la jeune idole comme « filiforme, flegmatique, désabusé, déclamant plus que chantant » mais reconnaît qu’Antoine est parvenu à faire réagir le public grâce à ses Élucubrations, dans lesquelles il dénigre avec humour Yvette Horner et Johnny, tout en dénonçant les travers de notre société de consommation.
Poésie, guitare et sujets tabou
Présent à ce spectacle, Alain, jeune mécanicien roannais, se montre plus nuancé et conserve un bon souvenir de ce gala où Antoine, volontiers provocateur, abordait avec un ton décalé des sujets souvent tabou comme la contraception. Son style se démarquait des chansons yéyé, car, en fait, il s’adressait à un autre public attentif aux problèmes de notre société.
Accompagné par les Problèmes (futurs Charlots), Antoine a prouvé sur la scène roannaise ses qualités de guitariste sur des titres moins connus proposés en exclusivité. Malgré leur évidente poésie, ils n’ont pas fait leur effet, le public ne connaissant que les fameuses Élucubrations, petit chef-d’œuvre de dérision sans réelle méchanceté.
Dommage pour l’Étoile roannaise que ce gala, qui se terminait par une parade de majorettes, n’obtint pas le succès escompté, car cette association animait régulièrement la vie roannaise.