La société est-elle de plus en plus intolérante à l’égard des enfants ?

On est dans une société qui est de plus en plus intolérante et où, effectivement, on se retrouve entre groupes qui se supportent. Et après, ce seront les personnes âgées qui devront être recluses ? Nous devons continuer à construire une société où nous tolérons les mouvements des uns et des autres. Mais, ceci étant, c’est important aussi que les enfants ne soient pas livrés à une forme de hors-cadre ou de toute-puissance.

Les enfants sont devenus intolérables ?

Oui, avec un bémol qui est, pour moi, essentiel : c’est qu’un enfant, dès le début de son existence, demande un accompagnement. C’est évidemment plus simple, dans une plaine de jeux, de regarder son GSM, et de laisser les enfants vociférer. Il y a même parfois des adultes qui encouragent les cris, qui mettent la musique à tout casser. Et, plus on fait de bruit, mieux c’est. Sans tenir compte de l’autre. C’est un peu le reflet d’une société fort axée sur l’individualisme : « C’est mon plaisir, et peu importe si ça dérange ». Et les enfants sont évidemment entraînés dans ce mouvement-là. Une société doit tolérer et, en même temps, il faut voir comment aider les parents, les éducateurs, tous les intervenants autour de l’enfant, à l’aider à appréhender la vie en société avec des codes sociaux.

Cela fait défaut aujourd’hui ?

On constate quand même une perte de repères en termes de codes sociaux. Ça commence par des petits détails. Imaginons : quelqu’un vient dire bonjour à la maison. Eh bien, on ne va pas commencer à hurler. On va dire bonjour, on va être poli. Combien de fois, même en consultation, je constate que des enfants ne me disent pas bonjour ? Ils n’ont pas reçu l’élémentaire. C’est donc tout un travail d’accompagnement des familles, des parents, des grands-parents… Rappelons-nous toujours que ce n’est pas l’enfant lui-même qui est, finalement, le responsable.

L’éducation positive, dont on parle beaucoup, pose-t-elle problème ?

Il faut la vivre comme étant un peu un point de repère, un phare inspirant pour ne pas tomber dans l’inadéquation et ce qu’on appelle la maltraitance. Mais il n’y a pas lieu de l’appliquer au pied de la lettre, parce que, sinon, vous risquez, à un moment donné, de ne pas être suffisamment dans une fermeté bienveillante. Un enfant n’est pas l’autre non plus. Et avec certains, c’est un peu plus rude qu’avec d’autres. Il y en a qui sont beaucoup plus réfractaires à comprendre qu’il y a des limites.

Les enfants n’ont pas toujours les codes mais ils ne les auront jamais si on leur interdit d’accéder aux lieux qui leur permettraient de les mettre en application. N’est-ce pas un cercle vicieux ?

C’est le principe de la spirale infernale. Nous devons, de manière collégiale, être capables d’intervenir là où nous le pouvons. Par exemple, quand je fais mes courses, je vois qu’il y a des enfants qui sont hors limites. Et les parents laissent faire. Comme s’ils étaient seuls dans le magasin. Je me permets d’intervenir d’une manière extrêmement aimable, gentille, avec un peu d’humour. Alors, souvent, c’est bien pris. Parfois, ça l’est mal. Mais c’est ça aussi, vivre en société. C’est pouvoir intervenir de manière adéquate, polie, et montrer que la vie en société, c’est être attentif aux autres.