Ces derniers mois, les drones ukrainiens ont multiplié les attaques contre des raffineries russes, dans le cadre du conflit qui oppose les deux pays depuis plus de quatre ans. Ces frappes ont lourdement affecté les capacités de production de carburant de la Russie, confrontée désormais à une pénurie qui s’étend sur son propre territoire et qui l’oblige à rationner ses réserves. La Crimée a ainsi décrété l’état d’urgence, tandis que plusieurs territoires ukrainiens occupés rencontrent d’importantes difficultés d’approvisionnement. Dans le même temps, des civils continuent de fuir face à la dégradation de la situation.
Quelle que soit l’issue de cette guerre, l’économie russe devrait en sortir profondément fragilisée. En effet, même si Moscou parvient à conserver les territoires ukrainiens actuellement occupés, les gains qu’elle pourrait en tirer risquent difficilement de compenser les pertes humaines, le coût financier, l’isolement diplomatique et le recul industriel accumulé. La situation dans laquelle se trouve la Russie a également provoqué une réelle instabilité au sein de l’un des plus grands exportateurs d’énergie au monde. Une crise qui pourrait bouleverser durablement les flux d’investissement, les chaînes d’approvisionnement et les prix de l’énergie, du Vietnam à l’Irlande.
Le gaz russe perd du terrain sur le marché mondial
Dans un récent communiqué, Forbes estime que, même si les sanctions venaient à être levées après la guerre, la réputation de la Russie en tant que fournisseur d’énergie resterait un sujet de préoccupation majeur pour les investisseurs. Un constat qui semble déjà se confirmer, notamment avec l’Europe, qui a longtemps été le principal client de Moscou pour ses hydrocarbures. En effet, ces derniers temps, l’Union européenne a considérablement réduit sa dépendance au gaz russe par gazoduc grâce à des mesures d’économie, de diversification et aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL).
La Russie représentait encore environ 12 % du gaz européen en 2025, mais en janvier 2026, l’UE a formellement interdit toutes les importations de gaz russe, prévoyant de supprimer progressivement les derniers volumes d’ici fin 2027. De même, à Bruxelles, personne ne souhaite recréer la vulnérabilité qui a fait du continent l’otage de la société russe Gazprom. Suite à cela, les exportateurs américains sont devenus les principaux fournisseurs de GNL de l’Europe depuis le premier trimestre 2026.
Dans ce contexte, le gaz russe pourrait réintégrer progressivement certains segments du marché, mais un tel retour se heurterait à des sanctions, à des lacunes en matière d’infrastructures et à une forte résistance politique qui ne disparaîtrait pas avec un cessez-le-feu. De son côté, la Chine a rapidement compris qu’une Russie privée d’alternatives devenait progressivement dépendante de Pékin, aussi bien pour son financement que pour sa technologie et son soutien politique. Cette influence grandissante de la Chine sur la Russie pourrait bien constituer l’une des conséquences les plus lourdes et les plus durables de cette guerre.
La fragilité actuelle de la Russie profite à ses rivaux
Même si la Russie venait à sortir vainqueur de cette guerre, cela ne figerait pas la concurrence. En effet, les infrastructures endommagées de la Russie, son exposition aux sanctions et l’incertitude quant à son avenir politique offrent de réelles opportunités à ses rivaux. Même la Chine, principal acheteur potentiel de la Russie, a tout intérêt à préserver ses options, à la fois pour contenir les prix et conserver son influence politique sur Moscou. La Namibie poursuit le développement de ses activités offshore, suscitant un vif intérêt international.
Le Mozambique demeure bien positionné pour accroître ses exportations de GNL malgré des problèmes de sécurité persistants. Le Kazakhstan renforce son rôle de fournisseur eurasien fiable tout en recherchant des voies de transit contournant la Russie. Le Guyana est devenu l’un des principaux nouveaux producteurs de pétrole au monde. Quelle que soit l’issue de cette guerre, la Russie en sortira soit plus autoritaire, soit de plus en plus instable, économiquement affaiblie, plus dépendante de la Chine et bien moins digne de confiance en tant que partenaire énergétique qu’elle ne l’était avant le début du conflit.
Depuis, la carte énergétique mondiale a été redessinée. Les voies d’approvisionnement ont changé de façon permanente, de nouvelles relations commerciales se sont consolidées et tous les gouvernements européens ont tiré les leçons du coût d’une dépendance excessive aux hydrocarbures. L’offre russe ne va pas simplement inonder à nouveau les marchés. Les entreprises qui souhaitent revenir, vont être confrontées à des risques politiques, à des sanctions et des pressions sur leur réputation, qui ralentiront toute reprise d’activité.