« On dirait qu’il vient d’une autre planète » : Eddy Merckx livre un hommage XXL à Tadej Pogacar

Tadej, comme l’année dernière, vous êtes passé à l’offensive dans la butte Montmartre alors que les temps pour le classement général étaient déjà gelés. Qu’est-ce qui vous pousse à cette forme de panache ?

L’envie de tout donner sur ce Tour jusqu’à la fin. Quand on s’est retrouvé à l’avant avec Mathieu (van der Poel), il n’y a pas eu de mots, pas de communication particulière, mais on a simplement continué ensemble jusqu’au bout. Et j’ai fini par manquer d’essence… Je savais qu’il fallait tout donner. Il savait qu’il fallait tout donner aussi, alors on s’est tous les deux engagés à fond. Chapeau à lui, il a été chercher une super victoire aujourd’hui je pense.

guillement

Ma plus grande émotion? Les 30 derniers mètres à Montjuic avec Isaac.

À quel moment avez-vous pris le plus de plaisir sur ce Tour ?

Je pense que les plus fortes émotions, je les ai vécues dans les 30 derniers mètres de la deuxième étape à Barcelone, quand on a fait le doublé avec Isaac. Mais samedi, à l’Alpe d’Huez, c’était fort aussi. J’ai travaillé pour mon équipier mexicain, pour défendre son maillot blanc. Et j’ai aussi beaucoup aimé le Markstein : l’ambiance était incroyable, le public magnifique.

Vous êtes entré dans l’histoire ce dimanche en rejoignant le club des quintuples vainqueurs du Tour aux côtés d’Anquetil, de Merckx, de Hinault et d’Indurain. Qu’est-ce que cela représente dans vos yeux ?

Pour l’instant, je veux surtout profiter du moment et savourer cette victoire. Que ce soit la cinquième ou la première, cela n’a pas d’importance. Je veux juste vivre l’instant, sans penser à l’histoire ni à autre chose. Je veux rentrer à la maison, me reposer, et profiter aussi des petites choses de la vie. Je suis très heureux et très fier de remporter un cinquième Tour, c’est un objectif que je m’étais fixé et qui est atteint. Mais chacun de mes succès a une histoire différente, une signification différente, des émotions différentes. Chacun est même un peu irréel.

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Comment allez-vous redescendre sur terre, quel va être votre programme dans les prochains jours ?

J’ai quelques trucs à faire à la maison, puis je participe à un critérium vendredi soir dans ma ville natale, avec quelques invités spéciaux venus du Tours, de grands coureurs. Il y aura aussi le Pogi Challenge dimanche, avec des familles, des enfants et des amateurs. Ce sera donc un gros week-end pour moi. Nous faisons beaucoup de travail pour ma fondation aussi. Et puis, j’espère pouvoir voir une partie du Tour de France femmes afin d’y encourager ma compagne Urska.

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Participer à la Vuelta? J’ai encore un peu de temps pour me décider.

Vous sentez-vous assez frais pour vous aligner sur la Vuelta dont le départ sera donné le 22 août de Monaco ?

Franchement, si la Vuelta commençait demain, je dirais non (rires). Mais il y a encore un peu de temps avant le lacement de la course. J’ai encore de la marge pour me décider (sourire)…

Pendant le Tour, vous avez évoqué les sifflets d’une partie du public, et aussi un contrôle antidopage inhabituel pendant à 5h du matin. Avez-vous le sentiment qu’il existe une suspicion due à votre domination, et comment le vivez-vous ?

De mon point de vue, un contrôle à 2 heures du matin pour Jonas, c’était fou ; à 5 heures pour moi aussi c’était un peu étrange également. Mais ce n’est certainement pas le plus bizarre. Depuis que je cours le Tour, depuis 2020, nous avons eu des contrôles complètement dingues, le plus souvent avant des étapes de montagne. Quatre ou cinq fois, on a contrôlé le bus 30 minutes avant le départ dans le passé. Pour moi, ça, c’est même plus étrange. Mais les autorités font leur travail et cela fait partie de ma vie. Quand j’entends frapper à la porte, la première chose qui me vient à l’esprit désormais, c’est : « voilà un contrôleur ». Pour moi, ce n’est plus inhabituel, j’en ai eu tellement ces dernières années que c’est comme aller au supermarché.

L’an dernier, quelques mois après votre victoire, on a appris que vous aviez eu des problèmes au genou. Y a-t-il eu cette année aussi une blessure secrète ou une maladie sur une étape ?

Non, je n’ai rien eu, j’ai vraiment vécu un très bon Tour. Dans l’équipe, on sait qu’Adam a eu un souci d’estomac, Brandon était malade, Tim ne se sentait pas très bien sur certaines étapes. Mais bon, le Tour c’est trois semaines de course, dans un peloton rempli de 180 gars qui transpirent, se mouchent en roulant (rires)…

Il y a douze mois, au même endroit, vous aviez évoqué le risque de burn out qui planait sur les sportifs pros. Vous avez l’air beaucoup plus heureux cette fois. Qu’est-ce qui a changé pour que votre état d’esprit soit différent aujourd’hui ?

Je ne dirais pas que l’an dernier j’étais en burn-out, mais j’étais bien conscient que cela pouvait m’arriver à moi aussi. Je le suis encore aujourd’hui. Le burn-out, ce n’est pas seulement être triste un jour ou ne pas se sentir bien sur le vélo un jour. C’est une fatigue chronique, le fait de ne plus être heureux à vélo, de ressentir la pratique comme un travail, quelque chose de lourd et de pénible. Je sais que cela peut arriver si on pousse trop loin, trop fort. C’est aussi pour cela qu’aujourd’hui, quelques heures après avoir gagné le Tour de France, je ne veux pas dire : « Oui, je vais faire la Vuelta, je vais tout courir, je vais tout faire. » Il faut aussi y réfléchir et garder les pieds sur terre.