Révélée au monde par le tube phénoménal « Water », la chanteuse sud-africaine Tyla est devenue en quelques années l’une des nouvelles figures incontournables de la pop internationale, adoubée par toute l’industrie. Avec son deuxième album, A-Pop, la jeune superstar entend continuer de faire rayonner l’Afrique sur la scène mondiale à travers une pop nourrie d’amapiano et de r’n’b. Une ambition à la hauteur de son ascension, que ce disque, trop sage, peine à concrétiser.

À seulement 24 ans, Tyla s’est imposée comme l’une des icônes de la nouvelle génération de la pop internationale. Une trajectoire fulgurante qui tient presque du conte de fées : il y a encore quelques années, la jeune chanteuse, née et élevée à Johannesburg, enregistrait ses premiers morceaux dans sa chambre avant de les envoyer par e-mail à des producteurs ou à ses stars préférées.

De ses premiers freestyles publiés sur les réseaux sociaux à ses débuts remarqués en Afrique du Sud, Tyla a rapidement conquis l’industrie musicale mondiale. Courtisée par les plus grandes stars, de Beyoncé à Rosalía en passant par Cardi B, elle enchaîne désormais les collaborations de haute-voltige, les couvertures de magazines, les tapis rouges et défilés de mode.

Car Tyla n’est pas seulement une voix envoûtante : elle est aussi une image. Sa beauté, ses coiffures, son esthétique inspirée des années 2000 (Y2K) et sa manière de mêler glamour et références sud-africaines en ont fait une véritable figure suivie bien au-delà de la musique.

Avant même son explosion internationale, elle posait comme mannequin pour plusieurs campagnes publicitaires, assumant une fascination pour ces superstars qui, à l’image de son modèle Rihanna, étaient capables de marquer leur époque autant par leur style que par leurs hits.

Cette esthétique a parfois éclipsé son travail de musicienne, forçant Tyla à répondre régulièrement à ceux qui réduisent son succès à son physique, rappelant les années passées en studio et les dizaines de morceaux enregistrés avant de connaître le succès.

Identité métissée

Issue d’une famille sud-africaine aux origines zouloues, irlandaises, mauriciennes et indiennes, elle revendique une identité métissée qu’elle présente comme le reflet de Johannesburg, l’une des villes les plus cosmopolites du continent. Son ascension mondiale porte évidemment le nom d’un titre : « Water ». Mais résumer Tyla à ce tube interplanétaire serait oublier que sa carrière était déjà bien lancée en Afrique australe, avec entre autres « Getting Late » (2019).

La jeune artiste travaillait depuis plusieurs années avec le producteur Sammy Soso à façonner son propre son, mêlant r’n’b, pop et amapiano – un genre né dans les townships sud-africains au début des années 2010, puisant dans la house, le jazz et le gospel, porté par des rythmiques paradoxalement lentes et dansantes et des basses percussives et rebondissantes.

En 2023, le succès de « Water » agit davantage comme un accélérateur que comme un point de départ. Le morceau devient viral sur TikTok, s’impose dans les classements internationaux et lui offre un Grammy Award historique dans la catégorie de la meilleure performance musicale africaine.

Après l’explosion mondiale de l’afrobeats nigérian, porté par Burna Boy, Wizkid ou Tems, Tyla incarne une nouvelle étape dans la diffusion des musiques africaines : celle d’une artiste sud-africaine capable de faire entrer l’amapiano dans la pop globale. Un mouvement qui accompagne aussi les hybridations entre amapiano et afrobeats, particulièrement visibles au Nigeria au travers d’artistes comme Asake ou Rema.

Quand Tyla définit sa musique, elle revendique son propre genre musical : la « popiano », contraction de pop et d’amapiano, équilibre entre ses références internationales et son héritage sud-africain.

Si ses influences vont d’Aaliyah à Michael Jackson, de Britney Spears à Rihanna ou Beyoncé, elles restent toujours filtrées par son identité johannesbourgeoise. Dans ses clips comme sur scène, les chorégraphies, les pas de danse et certaines expressions puisent directement dans les cultures populaires sud-africaines. « Je veux que, lorsqu’on me regarde, on regarde aussi l’Afrique du Sud », résume-t-elle régulièrement en entretien.

La confirmation des ambitions ?

Son premier album, TYLA, paru en 2024, portait déjà cette ambition avec des collaborations de premier plan, de Tems à Gunna en passant par Travis Scott. Depuis, le succès a fait s’accélérer les choses : nouveau Grammy, invitation au Met Gala…

En moins de deux ans, Tyla n’est plus seulement l’une des nouvelles voix de la pop : elle en est devenue l’un de ses nouveaux visages. C’est avec ce statut que paraît aujourd’hui son deuxième album. Un disque attendu comme une étape décisive, censé confirmer qu’au-delà du phénomène « Water », Tyla possède l’épaisseur artistique nécessaire pour s’inscrire durablement parmi les grandes stars de la pop mondiale. Ses nouveaux featurings avec Wizkid, Sean Paul ou encore d’autres artistes internationaux semblaient déjà s’inscrire dans cette logique.

Dans A-Pop, le « A » revendique l’Afrique. Celle-ci traverse l’album à travers les influences amapiano, s’entends dans les rythmiques, dans les voix, mais aussi grâce à des collaborations touchantes avec les Sud-Africaines BaWhoo et Babalwa M.

La présence du duo Liquideep, groupe majeur de la scène sud-africaine, apparaît également comme un clin d’œil aux racines de l’artiste. Mais Tyla ne cherche pas à opposer Afrique et pop mondiale : son identité repose justement sur leur rencontre. Le r’n’b et la pop internationale, notamment l’influence de Rihanna, restent au cœur de son esthétique, comme l’illustre le titre « Mr Nonchalant ».

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L’album entend refléter le développement d’une artiste à la fois vulnérable et confiante, adepte de la mélodie et des romances, tout en affirmant la richesse de son identité. Pourtant, l’Afrique, censée être au centre du projet, demeure trop discrète.

Les morceaux r’n’b apparaissent parfois génériques malgré la qualité des productions et une voix capable de nuances remarquables. Sur « Feel Something », Tyla demande : « fais-moi ressentir quelque chose ». Une phrase qui finit presque par se retourner contre le morceau lui-même.

Il faut pourtant saluer la volonté de l’artiste de ne pas céder à la facilité : pas question de recycler « Water », ni de chercher à reproduire artificiellement la formule de son succès mondial.

Tyla enchaîne les titres étonnamment sobres et calmes. Mais à force de retenue, elle peine à donner une véritable couleur à son disque et à installer une identité aussi marquante que celle qu’elle porte en dehors de la musique.

Les émotions auraient gagné à être poussées davantage par plus de prises de risque. Quelques réussites viennent toutefois rappeler son potentiel, comme « Kiss », morceau d’ama-pop aux accents résolument club traversé par une guitare pop-rock, ou encore « Chanel », single déjà paru et particulièrement efficace. Des fulgurances qui rendent d’autant plus regrettable la relative platitude d’un projet qui reste souvent en deçà des promesses placées en lui.

Tyla A-Pop (Epic/Sony Music) 2026

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