« Elle pouvait en bénéficier »
Du côté de BinHome, on balaie toute idée d’irrégularité. « Cela fait 40 ans qu’elle vit dans ce logement », explique Emmanuel De Bock (MR), président du conseil d’administration de BinHome. « Elle fait partie de ceux qui ont reçu un logement il y a longtemps. Elle pouvait en bénéficier et la situation est connue de la SLRB (tutelle de BinHome). »
Le président précise que la directrice générale ne bénéficie pas d’un loyer social. « Elle est au plafond maximum de loyer vu ses revenus. »
Interrogée, Natalie Nicaise retrace l’origine de cette situation. « Je suis entrée dans ce logement en 1984. À cette époque, les sociétés de logement social avaient pour politique de loger leurs travailleurs. J’ai été engagée et je remplissais toutes les conditions d’admission. Cette pratique était encouragée parce qu’elle permettait aux travailleurs d’être présents sur le terrain. »
Le logement a été attribué à son mari et à elle. Lorsqu’elle est devenue directrice gérante, au début des années 2000, la question de son maintien dans le logement a été reposée. « J’ai toujours été totalement transparente avec ma hiérarchie. Nous avons rediscuté de cette situation et la hiérarchie a toujours préféré que je reste sur place. »
La future retraitée reconnaît toutefois que cette situation peut aujourd’hui susciter des critiques. « Je comprends très bien que, d’un point de vue éthique, certaines personnes ne comprennent plus cette situation. L’éthique évolue avec le temps. Moi aussi, je me suis posé des questions. Pour des raisons personnelles, je n’ai toutefois ni pu ni voulu déménager. Je comprends que cela puisse choquer aujourd’hui, mais je n’ai pas le sentiment d’être en faute. Je ne suis pas propriétaire, tout est totalement légal et cette situation a toujours été connue en toute transparence. »
Un « atout »
Natalie Nicaise estime également que la présence de travailleurs du logement social au sein même des quartiers constituait un atout. « Nous connaissions très bien nos voisins et les habitants des autres quartiers. Cela créait un lien de confiance beaucoup plus fort entre le bailleur et les locataires et une meilleure compréhension de leur réalité. Aujourd’hui, les personnes qui prennent les décisions connaissent souvent beaucoup moins le terrain. »
Sur le plan financier, elle insiste sur le fait qu’elle ne bénéficie pas d’un avantage particulier. « Mon loyer est calculé sur la base du loyer de référence, de mes revenus et d’une cotisation de solidarité. Depuis des années, je paie un loyer comparable à celui du marché privé. »
Reste que son maintien dans un logement social prive mécaniquement un ménage inscrit sur les listes d’attente d’une habitation disponible. Un constat qu’elle ne conteste pas, tout en rappelant que son loyer alimente les finances de la société. « Il contribue aux rénovations, aux constructions et au fonctionnement général de BinHome. Il n’existe pas de mécanisme spécifique qui compense, en termes de place, l’occupation d’un logement par une personne ayant des revenus plus élevés. »