« Quand je l‘ai acheté, il était extrêmement délabré », se souvient Pascal Roussel. En levant les yeux vers l’élégante façade du 26, rue Paul-Bert, à Lorient, il est aujourd’hui difficile d’imaginer le triste état de cette bâtisse. Dessiné par l’architecte hennebontais Charles Millot, l’immeuble dans le style Art Déco a été construit en 1927 pour la famille Guégan qui y installe un cabinet de dentistes.
Dans les années 20, les habitants achètent sur catalogue des maisons à des maçons italiens à Lorient. Certains plus fortunés font appel à des architectes, comme la famille Guégan au 26, rue Paul-Bert. L’immeuble dessiné par l’architecte Charles Millot est confié à l’entreprise Monteil. Ces deux noms figurent sur la façade. (Sylvain Riouall)
Le bâtiment tient miraculeusement debout suite aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale qui mettent à terre plus de 90 % du centre-ville de Lorient. « Je pense que l’arrière du bâtiment, au vu des cache-misère que j’ai découverts, a dû être touché », temporise le propriétaire des lieux.
En découvrant l‘annonce immobilière en décembre 2014, le Lorientais Pascal Roussel, patron d’une entreprise de haute technologie médicale et passionné d’architecture, a un véritable coup de cœur. Son objectif ? Réaliser un investissement patrimonial pérenne qu’il destine à ses enfants. Il y aménage un appartement et ses bureaux. « Je pourrais faire fortune avec des locations Airbnb. Je suis contre. Nos jeunes doivent pouvoir continuer à acheter de l’immobilier à Lorient ».
Le week-end, à la nuit tombée, la bâtisse s’illumine, offrant aux passants le spectacle de ses reliefs ravivés. (Sylvain Riouall)Une rénovation confiée aux artisans locaux
Pour redonner vie à ce géant de pierre, le propriétaire fait le choix audacieux de coordonner lui-même le chantier. « J’ai privilégié le contact humain. Tous les artisans savent faire, ils ont tous les solutions », explique-t-il. De la ferronnerie d’art refondue à l’identique, aux fenêtres en bois sur-mesure réalisées par l’agence lorientaise Hamelin, chaque détail compte.
La restauration du 26, rue Paul-Bert a été confiée à des artisans morbihannais qui ont travaillé pour retrouver les détails d’origine de la bâtisse. Un travail d’orfèvre de plusieurs mois sur la façade de l’immeuble. (Sylvain Riouall)
Sur le toit, à partir d‘anciennes photographies, un artisan zingueur a recréé des ornements disparus, dont un majestueux pot à feu et une sphère ronde. Quant à la façade, abîmée par d’anciens clous fixés avec du sable de mer salin, elle a été minutieusement purgée par les maçons Ronco de Vannes puis sublimée par la peintre en décors Gaëlle Damon. Elle a retrouvé sa teinte d’origine, un élégant « sable du Liban », grâce à une peinture écologique et respirante. « Preuve qu’on peut trouver des artisans de très haute qualité dans notre territoire », insiste Pascal Roussel.
Les artisans de la Zinguerie d’Art ont restauré un pot à feu et une sphère ronde sur le toit de la bâtisse et les couvreurs Allano ont refait la toiture, les travaux de zinc, d’ardoise et posé les ornements. (Sylvain Riouall)
L‘immeuble fêtera son centenaire l’année prochaine. Les travaux continuent à l’intérieur. Dans 30 ans, le quinquagénaire qui ne souhaite pas communiquer sur le montant des travaux, a un seul vœu : que ses héritiers prennent soin de l’immeuble. « Le bâtiment revit, j’aime le regarder, c’est très très chouette. »