Des chiffres en donnent la mesure : 964 « likes » depuis l’annonce officielle, le 15 juillet, avec 534 partages… certains d’entre eux comptant jusqu’à 30 commentaires. Quant au livre d’or ouvert quelques jours avant la fermeture, ils ont été au bas mot plus d’une centaine à y écrire tout le bien qu’ils pensent de la brasserie et de ceux qui l’ont fait vivre si bien si longtemps. Les messages sont touchants, suscitant gratification et tristesse.

Ultime ouverture de la terrasse du Bistro, samedi dernier. ©FaceBookParking et mobilité pointés
Âgés de 68 et 69 ans, Jacques et Françoise Delporte estiment avoir atteint l’âge de la retraite. Mais leur fin d’activités s’inscrit aussi dans une (longue) liste de griefs, de déconvenues et de difficultés auxquels ils ont été confrontés depuis une bonne dizaine d’années. Le Covid, la crise de l’énergie et la difficulté de recruter du personnel, certes. Mais ils pointent davantage la mobilité et le parking, les options du développement du cœur de la Ville Basse ou encore une politique d’animations de la Ville qui ne font pas, ou plus, leur affaire.
« L’interdiction de se garer à la rue de la Montagne, en semaine puis le samedi, nous a vraiment nui », observe Françoise. « Rive Gauche, auquel nous avons cru, a au contraire incité les clients à ne pas en sortir une fois leurs voitures dans le parking du centre commercial. » Sans parler de la fermeture du boulevard Tirou qui a restreint les possibilités de parking proches.
Les patrons évoquent encore, en vrac, l’impact des zones commerciales Bellefleur et du Bultia et leurs parkings gratuits, les hôpitaux qui ont quitté le centre-ville, les marchés qui ne profitent plus guère à l’Horeca, des tracasseries sur l’espace occupé par les terrasses ou encore la disparition de « Rire sur la ville » et une Brocante des quais qui a bien moins de retombées qu’auparavant. Et de déplorer un manque de soutien communal à l’activité commerciale existante.
Un centenaire mémorable
Le centenaire du Bistro a été le point de départ d’animations thématiques pendant plusieurs années à la rue de Dampremy. Le Far-West avait été à l’honneur. ©D.R.
Cela étant dit, l’histoire du Bistro a été marquée par des moments exceptionnels. Françoise cite sans hésiter les 100 ans du Bistro, en 2006, qui a mobilisé la totalité des commerçants de la rue de Dampremy… dont plusieurs d’entre eux ont aujourd’hui arrêté eux aussi leur activité. « Tous étaient déguisés en tenue 1900, parfois même des clients ! » Les années suivantes, les commerçants ont porté des vêtements d’autres époques. Une époque révolue. Autre moment fort : l’Euro de football, en 2000, qui a généré un chiffre d’affaires remarquable, en réunissant sans souci supporters allemands et anglais.
Si les Delporte s’en vont, Le Bistro ne devrait pas disparaître pour autant. Leur espoir, c’est qu’un repreneur poursuive l’aventure née en 1906 avec le café-coiffeur Paul, perpétuée par son gendre, l’ex-international de football Jacques Secretin, avant que le fils du chanteur wallon Bob Dechamps rebaptise le café, en 1973. « On aimerait que ce soit une activité dans la lignée. » Avec des nouveautés, sorte de Bistro 2.0. « On est prêts à épauler celui qui se lancera. » Une piste semble se dessiner.