L’œuvre monumentale, « Neptune dans le vent », en marbre de Carrare, est installée à Narbonne-Plage depuis ce mardi 24 février. Sculpture de Léo Caillard, elle remplace une création temporaire et nécessite des moyens techniques impressionnants pour son installation. Un hommage à la durabilité artistique.

Dieu des eaux vives, il trône enfin sur son socle. Mardi 24 février, il est exactement 15 h quand Neptune se pose méticuleusement dos à la mer. Narbonne-Plage offre un bail intemporel à cette vision sans trident, plus pacifiste et céleste. Elle est l’œuvre de Léo Caillard, artiste plasticien français, reconnu à l’international, notamment pour ses sujets qui nous interrogent sur notre rapport au temps mêlé entre histoire et individualité. À quelques heures de la minutieuse opération, on revient avec le quadragénaire sur ce temps, justement, qu’il lui a fallu pour concevoir le protecteur des pêcheurs. « Une sculpture sur marbre de cette taille-là, c’est quelque chose d’assez spécifique parce qu’on n’a pas de phase de moulage, explique-t-il. Il n’y a pas, comme dans le bronze ou la résine, de possibilité de « gagner du temps ». On est entre six et huit mois. Très exactement, cette œuvre a pris un peu plus de six mois et demi. »

La manoeuvre délicate s'est heureusement bien déroulée.

La manoeuvre délicate s’est heureusement bien déroulée.
Ville de Narbonne – DR

Léo Caillard revient sur les étapes : « On va choisir le bloc, le découper plutôt avec des machines pour essayer de réduire au maximum la masse de pierre déplacée. Ensuite, à partir d’un dégrossi qui va prendre à peu près 2-3 mois, on va après travailler beaucoup plus manuellement avec mes assistants pour aller dans la phase de sculpture qui prend, elle, à peu près quatre mois, en essayant de limiter, en effet, le travail de force, en étant sur des outils un peu plus modernes, comme des marteaux pneumatiques. » Il précise : « A la différence des XVIe et XVIIe siècles, on essaye aussi de limiter l’action physique. D’un côté, nous sommes dans la technique d’aujourd’hui (les machines de levage, la 3D…), mais aussi, et c’est ce que j’adore, dans un travail manuel avec des grattoirs, des outils qui peuvent revenir aussi à des choses très classiques. Et comme on se l’imagine, vraiment, le marteau, le burin, le sculpteur, tel qu’il est dans l’iconographie. »

Un vrai retour dans l’art

Entièrement en marbre de Carrare, Léo Caillard se dit « très heureux de remettre au goût du jour cette matière exceptionnelle qui a un vrai retour dans l’art. On a besoin de durabilité, d’œuvres qui ont une longue durée de vie. » D’un poids de 7 tonnes, le colosse vient évincer l’œuvre temporaire « Hercule in the wind ». De juillet 2025 à février 2026, la production en résine réalisée pour la station de Courchevel, et prêtée jusqu’à la livraison de « Neptune dans le vent », est désormais retournée dans l’atelier de l’artiste pour faire place à, comme le dit si bien Léo Caillard, « une des plus grandes sculptures en marbre de France de ces dernières années. Nous sommes donc obligés de travailler avec des camions-grues, des convois exceptionnels, des choses qui vont être en mesure de déplacer cette masse très dense ».

À Narbonne-Plage, l’artiste scrute l’embase. « On vérifie que le massif en pierre qui a été placé par Eiffage pour recevoir la structure de manière durable est sécurisé, mais aussi que le perçage de la base est bien au bon format parce qu’il y aura une tige, bien sûr, qui va venir sécuriser l’œuvre à son socle. »

L’œuvre plaît déjà beaucoup

La phase technique purement de vérification terminée, un camion-grue arrivant d’un entrepôt biterrois entre dans la station. Léon Caillard commente : « Le levage est très lent pour amener l’œuvre doucement surtout et au centimètre près sur le socle pour la déposer en toute douceur. »

L’œuvre plaît déjà à ceux qui ont assisté à sa mise en place.

L’œuvre plaît déjà à ceux qui ont assisté à sa mise en place.
L’Indépendant – PHILIPPE LEBLANC

Une heure plus tard, la pression retombe : « Je suis soulagé et très heureux de voir déjà que l’œuvre plaît beaucoup. » Face à sa sculpture, il détaille : « Tous les dieux antiques ont un peu la même esthétique physiologique. Là, j’avais envie de visiter Neptune avec tout son rapport à la mer. C’est un personnage plus aquilin qu’Hercule, sa barbe est comme des flots, l’arcade part comme une vague… Ce ne sont que des détails. » La vague au pied du dieu diffère aussi de la sculpture de prêt. « Je voulais que l’ensemble soit dans cette idée liquide. Sculpter un mouvement, ce n’est pas simple. J’ai mis du temps à trouver une expression du visage pour qu’elle soit à la fois stoïque et ferme, mais aussi léger et élégant. » Neptune a trouvé, à Narbonne-Plage, sa place privilégiée. Habitants et vacanciers espèrent simplement que le dieu des eaux vives convoque surtout des bains de mer apaisés.