La majestueuse abbaye de Silvacane, joyau cistercien fondé au XIIe siècle à La Roque-d’Anthéron, accueille tout l’été une quarantaine d’œuvres d’Alain du Pontavice dans les quatre salles de l’abbaye.
D’ordinaire exposé dans des galeries à Londres ou à Hambourg, Alain du Pontavice a un parcours atypique et aventureux : « J’ai étudié le mandarin et le dessin à Paris, avant de passer 15 ans en Chine à pratiquer la calligraphie, le taiji quan et la méditation tout en travaillant dans le textile. J’ai sillonné toute l’Asie à la recherche de tissus merveilleux, sourit-il. J’ai appris des arts textiles ancestraux comme l’Ikat indien, le Shibori japonais ou le Batik indonésien. Puis j’ai vécu dix ans en Amérique du Sud, où j’ai rencontré des cultures qui osent tellement dans la couleur, et font des associations qu’on n’oserait peut-être pas en Europe. Toutes ces cultures ont énormément ouvert mon intérieur. »
De ces longues immersions, l’artiste de 64 ans a développé une intense fascination pour la texture, la lumière, les couleurs et les éléments naturels (minéraux, sable, métaux, sons), qu’il s’emploie à traduire désormais à la peinture à l’huile abstraite. Il propose avec Murmures une expérience contemplative qui prend toute son ampleur dans ce lieu spirituel : « Enormément de choses surgissent de notre monde intérieur. Dès qu’on s’y connecte, on a le sentiment qu’il y a un monde infini et qu’on n’est pas du tout le maître à bord », assure celui qui médite matin et après-midi pour se mettre dans un état propice à la création.
Alain du Pontavice présente son exposition « Murmures » jusqu’au 31 octobre 2026 à l’Abbaye de Silvacane. / PHOTO Denis THAUST
Dans le réfectoire, la série Stèles rend hommage à « ces pierres commémoratives ou de passage » qu’on retrouve aussi bien en Chine qu’en Egypte ou en Mésopotamie. L’artiste imagine, en regard de deux monolithes bruts extraits d’une carrière en Corrèze, des stèles mythiques peintes par d’innombrables couches de pinceau qui reflètent merveilleusement la lumière selon la course du soleil. À l’image de ce superbe triptyque bleu dépeignant une stèle dans un pays marin et tranquille, ou de ces autres stèles peintes sur du textile, parchemin ou de la tôle de récup’, exposé au préalable en extérieur pendant 6 à 8 mois « au vent, à la pluie, au sel et à l’oxydation » afin d’obtenir une texture organique : « Un processus complètement intuitif, qui se dévoile au fur et à mesure. » La fascinante œuvre Interstice évoque ainsi « un entre-deux-mondes où dialoguent le subconscient et l’inconscient, le féminin et le masculin, le mystère des polarités ».
Dans la salle capitulaire, la série Cosmos propose des vues d’artiste de la planète Mars et autres astres en fusion figurés sur des moules de forgeron, avec des fonds puissants qui semblent vibrer et pulser. En noyant l’échelle humaine, Alain du Pontavice évoque l’évolution lente, inexorable et invisible de nos mondes intérieurs.
Les associations de couleurs et le travail sur la texture des œuvres d’Alain du Pontavice sont le fruit de dizaines d’années d’immersion dans des cultures d’Asie et d’Amérique du Sud. / PHOTO Denis THAUST
Les monumentaux Murmures dans les dunes, spécialement créés pour le lieu et montés à l’aide d’une nacelle, surplombent la nef. Une dizaine de couches donne sa matière aux dunes rougeoyantes, tout comme aux œuvres du dortoir, évoquant les bruissements des feuillages, de la mer ou des incendies. Autant de « voix intérieures qui nous appellent, dit-il, en relation avec les voix intérieures de méditants tels que les moines ».
Un film qui vise à rendre tangible et sensible « cette mémoire inconsciente qu’on a tous et qui se réveille par les sons » est par ailleurs projeté dans l’armarium. Enfin une installation de sable, travaillé au râteau à la manière d’un jardin zen, et de grandes ardoises, propose de ressentir pleinement « les mouvements ondulatoires » suggérés par les toiles… Un véritable voyage intérieur, qui résonne superbement avec la mémoire du lieu.
Jusqu’au 31 octobre 2026, tous les jours sauf le lundi, de 10h à 12h45 et de 14h à 17h, 83 route de l’abbaye à La Roque-d’Anthéron. 6,50€ à 8,50€. abbaye-silvacane.com Les œuvres seront disponibles pour achat à l’issue de l’exposition.