CRITIQUE – Après avoir signé le biopic du chanteur en 2022, Baz Luhrmann livre un documentaire réjouissant qui restitue son génie scénique.

Il y a près de quatre ans, le réalisateur australien Baz Luhrmann s’emparait d’un des mythes les plus tenaces de la culture américaine : Elvis Presley. Et signait, avec le biopic Elvis, une puissante évocation de la première rock star mondiale, de son ascension dans les années 1950 à sa déchéance et sa mort précoce en 1977, à 42 ans. Mise en scène baroque, déluge d’effets, ce qui gâte parfois les réalisations du cinéaste fonctionnait parfaitement pour dépeindre Elvis, personnage « bigger than life » s’il en est. Afin de rendre l’acteur Austin Butler crédible dans le rôle du chanteur, Baz Luhrmann s’était appuyé sur des dizaines d’heures de vidéos d’Elvis. Avec un accent particulier sur les nombreux concerts donnés à partir de 1969 à Las Vegas. Mais aussi des interviews à différentes époques de sa carrière.

Ce qui fait le sel de ce nouveau film, EPiC : Elvis Presley in Concert, c’est son côté « Elvis raconté par lui-même ». Soit une version authentique et sans filtre de l’homme sur lequel tant de choses ont été racontées. Certains témoignent même l’avoir vu des années après sa mort. Mais les images, précieuses, montées par Luhrmann montrent celui qui fut considéré comme un demi-dieu presque à hauteur d’homme. Ce film est fait pour ceux qui aiment Elvis Presley, ses chansons, sa voix, sa présence scénique, plutôt que pour les curieux avides de révélations fracassantes. Le film que l’on attendait depuis longtemps.

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Grandes pages du répertoire

Dans la première partie, en forme d’autoportrait, Elvis égrène les grandes pages de son répertoire, avec un sens de l’autodérision qu’on ne lui connaissait pas. Il est en effet le premier à ironiser sur la piètre qualité des films que le très douteux colonel Parker – son escroc d’imprésario – lui a fait tourner à la chaîne après le retour de la poule aux œufs d’or de son service militaire. Aucun n’est passé à la postérité. Mais le meilleur du film réside dans les moments de concert.

En 1969, Elvis se présente sur scène accompagné d’un groupe élargi, à des années-lumière du trio dépouillé de ses débuts. On y trouve le légendaire James Burton à la guitare, Jerry Scheff à la basse, entre autres fines lames de la musique américaine. Elvis y chante divinement, un répertoire aussi bien puisé parmi ses propres classiques que chez les Beatles, Simon et Garfunkel ou Tony Joe White. Sapé comme un milord, en cape et en diamants, Elvis est au sommet de son glamour. L’homme est drôle, bien vivant, vibrant et pertinent. Au cliché qui veut qu’Elvis n’ait plus jamais été bon après le come-back spécial de 1968, ce long-métrage offre un puissant démenti. Impossible de rester de marbre devant les prestations de ce géant.