Une première liaison routière entre la Russie et la Corée du Nord. Selon The Guardian, les deux pays sont en train d’achever la construction d’un pont qui traverse le fleuve Tumen, reliant Khasan (situé dans l’Extrême-Orient russe) et Tumangang. Seuls les travaux à la frontière russe doivent désormais être terminés pour ouvrir la voie. Officiellement, ce projet vise à « développer les échanges commerciaux et le tourisme », rappelle The Guardian qui cite la communication des deux nations. En réalité, ce pont pourrait davantage servir en tant que liaison logistique militaire comme le révèle une enquête réalisée par Truth Hounds, organisation ukrainienne de défense des droits humains.
Dans son rapport transmis à nos confrères britanniques, l’ONG rappelle que le transport routier est plus difficile à surveiller par satellite, la méthode utilisée par les pays occidentaux pour suivre les activités russo-nord-coréennes, que le transport ferroviaire. « Les camions présentent presque tous le même aspect sur les images satellite », explique Nazar Myhun, responsable de la recherche en sources ouvertes chez Truth Hounds, au Guardian. À l’inverse, le type de wagon ferroviaire révèle, par exemple, souvent la nature de la cargaison, notamment lorsqu’elle est transportée dans des wagons ouverts.
Construction d’un pont entre la Russie et la Corée du Nord : une justification économique remise en cause
Les réseaux routiers étant par ailleurs bien plus étendus que les réseaux ferroviaires, leur surveillance intégrale devient alors plus complexe. D’autant plus que les marchandises transportées par route peuvent être chargées n’importe où, tandis que les trains dépendent d’un nombre limité de noeuds ferroviaires fixes. Le coût du projet fait aussi partie des éléments qui attise les soupçons quant à la réelle nature de sa fonction. Le coût de l’ouvrage est estimé à plus de 100 millions de dollars (environ 88 millions d’euros), alors que le volume des échanges bilatéraux n’a atteint que 34 millions de dollars (moins de 30 millions d’euros) en 2024, relève l’enquête de Truth Hounds.
En parallèle, le tourisme russe vers la Corée du Nord demeure strictement encadré, avec seulement 10 000 visiteurs russes attendus en 2025. D’autant plus que Pyongyang, la capitale, se trouve à plus de 500 kilomètres du point de passage. Il faut également rappeler que le pont se trouve dans une zone frontalière isolée et peu peuplée. Selon l’organisation, il est certain que ce pont s’apparente davantage à un couloir stratégique permettant le transfert de troupes et de responsables militaires nords-coréens vers la Russie, mais aussi de technologies, plutôt qu’une simple liaison pour touristes.
Comment la Russie et la Corée du Nord sont-ils en train de renforcer leur alliance militaire ?
Au-delà de ce pont, qui devrait faire office de corridor militaire, Moscou et Pyongyang ont consolidé leur alliance depuis plusieurs mois. En juin 2024, les deux pays ont signé un pacte de partenariat stratégique. Plus de 14 000 soldats nords-coréens ont par ailleurs déjà combattu aux côtés des forces russes dans la région de Koursk.
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a récemment averti que la Russie s’apprêtait à recevoir 30 000 soldats supplémentaires. Au moins 2 000 militaires nords-coréens seraient déjà morts dans le conflit avec l’Ukraine.
Outre les forces humaines, la Corée du Nord a également fourni des munitions et des missiles balistiques à la Russie. Les images satellites avaient déjà révélé l’exportation d’environ 2000 conteneurs depuis le port nord-coréen de Raison vers la Russie, en 2023.