Près de trente ans ont passé. Pourtant, à la première information nouvelle − cette semaine, la découverte d’images pédopornographiques dans sa cellule −, le nom de Dutroux revient saturer l’espace public belge. Comme si le temps n’avait rien émoussé. Comme si la mémoire nationale demeurait à vif. L’affaire n’est pas seulement judiciaire. Elle est devenue un marqueur historique.
Ce réflexe collectif dit quelque chose de plus profond de notre société qu’une simple curiosité morbide. L’affaire n’a jamais été un dossier pénal parmi d’autres. Elle fut un séisme. Crime contre l’innocence absolue, d’abord : l’enlèvement, la séquestration, le viol et l’assassinat d’enfants ont brisé l’idée même de protection, transformé la société dans la manière de les accompagner. Mais aussi crise de confiance majeure : les défaillances policières et judiciaires révélées à l’époque ont fissuré le pacte entre l’État et les citoyens. La Marche blanche – plus de 300 000 personnes dans la rue ! – n’était pas seulement un hommage ; elle était une mise en cause.
Depuis, l’affaire « Dutroux » est devenue symbole. Elle ne désigne plus seulement un individu condamné à la perpétuité, soumis à un régime de sécurité exceptionnel en raison d’une dangerosité jugée persistante. Elle incarne une blessure. Un moment où la Belgique a douté d’elle-même. Voilà pourquoi chaque résurgence agit comme une réactivation. Ce n’est pas un souvenir : c’est une plaie toujours à vif.
Reste une exigence. L’émotion est de nouveau légitime mais si de nouveaux faits sont établis, ils doivent être instruits et jugés. La perpétuité n’est pas une suspension du droit ; une démocratie se mesure aussi à la façon dont elle traite ceux qui l’ont le plus meurtrie. Il faudra donc répondre à cette question : comment un détenu parmi les plus surveillés du pays peut-il encore se retrouver au cœur d’une telle affaire ? La question renvoie bien entendu aux agissements possibles du plus tristement célèbre criminel belge mais aussi à l’institution, à ses failles possibles – telles la corruption −, à la rigueur qu’exige la protection durable de la société.
« Je fournis à Marc Dutroux la seule chose qui le maintient en vie »
Si le nom de « Dutroux » continue de résonner, c’est parce qu’il concentre la mémoire des victimes, la honte des défaillances passées. Mais aussi l’exigence de ne plus faillir. Personne ne le comprendrait.
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