À l’heure de la pause estivale, l’exposition au musée Munch d’Oslo de la série de douze œuvres monumentales de la frise Freia du peintre norvégien nous offre une belle piqûre de rappel : les grandes vacances n’ont pas toujours été le rendez-vous annuel qu’elles sont aujourd’hui. En France, cela ne fait même pas 100 ans que les congés payés sont inscrits dans le droit du travail.
En Scandinavie, les revendications des travailleuses et travailleurs se font entendre dès les années 1920. C’est dans ce contexte historique que s’inscrit la série de douze œuvres murales réalisées en 1922 par Edvard Munch (1863–1944) pour la cantine des ouvrières de la chocolaterie Freia.
Située aux abords d’Oslo, celle-ci est aujourd’hui encore la plus célèbre et la plus grande du pays. Il y a un siècle, elle employait des milliers de femmes, soit les deux tiers de la main-d’œuvre. Leurs mains menues se prêtent alors à l’emballage et aux tâches délicates, tandis que les hommes occupent principalement des postes de gestion ou de manutention.
L’art pour tous
Le fondateur de Freia, Johan Throne Holst, fait partie des chefs d’entreprise les plus progressistes du pays. Alors qu’un peu partout en Europe, les usines et manufactures tirent profit de l’embauche de jeunes femmes dont la santé importe peu aux supérieurs, l’industriel embauche dès 1916 un docteur à plein temps et fait passer à seize ans l’âge minimum des ouvrières, qui ont également droit à une douche par semaine et une manucure par mois. Convaincu que des employés heureux au travail seraient heureux à la maison et inversement, le directeur décide également d’inviter l’art à la chocolaterie.

Réfectoire de la chocolaterie Freia en Norvège
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© Munchmuseet / photo : Svein Andersen
« L’art ne pourrait-il pas, une fois de plus, devenir le bien commun de tous ? »
Edvard Munch
Il ne fait pas dans la demi-mesure : pour décorer la cantine desdites « chocolate girls », il fait appel à un artiste star. L’enveloppe de 80 000 couronnes norvégiennes – l’équivalent de 260 000 euros – qu’il propose à Edvard Munch représente un chèque faramineux pour l’époque. Munch ne se fait pas prier ; la commande est également l’occasion rêvée d’exposer son art au plus grand nombre.
Quelques années plus tôt, le peintre avait finalisé sa première commande publique, une série de onze œuvres monumentales pour l’amphithéâtre de l’Université d’Oslo. Plusieurs années après, il se lance dans l’ébauche d’une autre série pour l’hôtel de ville d’Oslo, qui ne sera finalement jamais réalisée. « L’heure est désormais aux travailleurs. L’art ne pourrait-il pas, une fois de plus, devenir le bien commun de tous ? », écrit à l’époque Munch.
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« Plutôt que de réaliser des tableaux isolés, comme il en a l’habitude, Munch élabore ici un cycle pictural cohérent. »
Ana María Bresciani
Peinte en deux mois en 1922, la frise Freia deviendra ainsi sa seconde et unique autre œuvre d’art public. « La frise marque un tournant dans la pratique de Munch, qui démontre un intérêt croissant pour la création d’œuvres décoratives monumentales destinées à des espaces publics et semi-publics. Plutôt que de réaliser des tableaux isolés, comme il en a l’habitude, Munch élabore ici un cycle pictural cohérent », explique Ana María Bresciani, commissaire de l’exposition qui réunit exceptionnellement ces toiles au musée Munch cet été, le temps pour la chocolaterie d’être rénovée.

Exposition « Edvard Munch and the Chocolate Factory » au Munchmuseet d’Oslo
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Les douze œuvres qui constituent la frise Freia dépeignent à ce titre la vie estivale dans une ville côtière norvégienne. Formellement reliées par une même ligne d’horizon, elles se lisent comme une histoire découpée en épisodes : ici des enfants se promenant, là des femmes cueillant les fruits mûrs d’un arbre, ici un couple contemplant la mer, là une soirée dansante…

Edvard Munch, Danse sur la plage (Frise Freia VII), 1922
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© Munchmuseet / photo : Ove Kvavik
Plusieurs motifs s’inspirent en outre d’œuvres antérieures du peintre. On note en particulier la reprise de son fameux tableau La Danse de la vie (1899–1900), réinterprété ici en une version plus lumineuse, intitulée La Danse sur la plage. En douze tableaux, Munch fait un tour d’horizon de sa propre production artistique, comme s’il souhaitait montrer au grand public un best of de sa peinture… qu’on ne se lasse pas de redécouvrir !
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Edvard Munch and the Chocolate Factory
Du 21 mai 2026 au 11 octobre 2026
Munchmuseet • 53 Tøyengata • 0578 Oslo
www.munchmuseet.no