Or c’est précisément ce réflexe élémentaire qu’on semble désapprendre. Sur les réseaux sociaux, l’embrasement est devenu permanent : une opinion appelle aussitôt une condamnation, un désaccord tourne à l’invective et chacun se voit sommé de choisir son camp, dans une ambiance où la colère vaut plus que la nuance. Quelle tristesse de voir cette mécanique gagner aussi le débat politique.
Certains responsables, surtout français dans le cas présent, ont compris qu’il pouvait être plus rentable d’attiser les fractures que de les réparer. Les populismes prospèrent en désignant des coupables. Et chacun de nous risque d’entrer dans cette mécanique qui réduit l’autre à ses opinions. Ce serait laisser la bulle numérique des algorithmes contaminer notre vie sociale.
Il faut certes alimenter les débats, confronter les désaccords et enrichir nos convictions par des contradictions saines. Mais tout cela exige de ne jamais réduire un concitoyen à ses idées, ni de réduire le débat à la recherche d’un bouc émissaire commode. Un préalable essentiel.
Face aux défis colossaux qui se dressent devant nous, nous n’avons pas le luxe de nous déchirer. Le climat, la dette, le vieillissement, la sécurité, la défense de l’Europe ne se régleront jamais par des anathèmes. Ils demanderont des choix difficiles, donc du courage politique, et de la confiance entre citoyens. Aucun de ces défis ne pourra être relevé si chacun s’obstine dans son camp.
Après les incendies qui ravagent aujourd’hui une partie de l’Europe, il restera d’autres feux, plus insidieux, à fixer. Cessons d’être des incendiaires. Une société qui joue trop longtemps avec le feu finit toujours par se brûler.