Gaëtan Willemsen

Par Gaëtan Willemsen

Publié le 30 juillet à 09h54

Ajoutez-nous à vos favoris Google
Dès ce dimanche, l’Union européenne va introduire une première mondiale : une loi pour signaler les contenus générés par Intelligence Artificielle. Ces photos et vidéos IA inondent désormais nos réseaux sociaux et c’est de plus en plus difficile de faire le tri entre le vrai et le faux. L’Europe tente donc de nous protéger de la désinformation en demandant un étiquetage clair de ces contenus, comme le développe Claire Carosone ce matin sur bel RTL.


Une nouvelle loi européenne, appelée IA Act, entre en vigueur ce dimanche sur tout le territoire de l’Union européenne. Elle impose aux entreprises et aux professionnels qui génèrent des contenus artificiels de les rendre clairement identifiables. Les fournisseurs de systèmes d’IA devront intégrer des marquages et autres filigranes numériques. Une vidéo manipulée de Bart De Wever ou une fausse interview de Lukaku par exemple devront être accompagnées d’une mention « généré par IA ». Elles devront aussi être équipées d’un mécanisme de détection accessible.

Ces obligations visent surtout les contenus appelés « deepfakes », ces vidéos, sons ou photos destinés à tromper en se faisant passer pour réels. Des contenus utilisés massivement pour la désinformation. Un exemple célèbre : en 2022, une fausse vidéo montrait le président ukrainien Zelensky appelant ses soldats à se rendre. Un deepfake créé par la Russie. Si certains, grossiers, sont facilement identifiables à l’œil nu, d‘autres manipulent beaucoup plus habilement la réalité et représentent un danger pour la démocratie.



« Les Européens ont le droit de savoir si ce qu’ils voient, entendent ou lisent a été créé ou modifié par l’intelligence artificielle, en particulier lorsque de tels contenus peuvent influencer le débat public. La transparence est essentielle pour préserver la confiance », explique Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, sur le site de la Commission européenne.

Via des icônes officielles « IA », « généré par l’IA » et « modifié par l’IA »

Les organisations ou personnes qui publient de tels contenus dans le cadre d’une activité professionnelle auront désormais l’obligation de signaler les nouveaux contenus faisant appel à l’IA. Les textes visant à informer le public sur des sujets d’intérêt général, créés grâce à l’IA sans contrôle éditorial humain, devront également être étiquetés.

La loi concerne également les dispositifs d’interaction avec le public utilisant l’IA, comme les robots conversationnels (chatbots), les agents et autres assistants, et les avatars virtuels. Ils devront désormais clairement être présentés comme tels.



Concrètement, l’Europe a publié des modèles de petites icônes (« IA », « généré par l’IA », « modifié par l’IA »), comme celle montrée en exemple dans le poste de la Commission ci-dessous, qui pourront être apposés sur ces contenus. Un guide des bonnes pratiques a été mis en ligne pour aider les entreprises à se conformer à ces obligations.

Les contrevenants risquent des amendes. Mais les systèmes d’IA existants auront jusqu’au 2 décembre pour s’adapter, et des exemptions sont prévues, notamment pour les œuvres « artistiques, satiriques, de fiction ou créatives », ou les textes qui sont uniquement édités avec l’aide de l’IA.

Plusieurs obstacles importants

Mais cette législation fait face à plusieurs obstacles de taille. Géographique d’abord : l’Union européenne peut réglementer les entreprises qui opèrent sur le marché européen ou qui le ciblent, mais les contenus en ligne ne s’arrêtent pas aux frontières. Un deepfake créé hors Europe pourra donc toujours nous parvenir sans être identifié. Deuxième obstacle : celui de la technologie. Les outils de marquage et de détection des deepfakes ne sont pas toujours efficaces à 100 % et ils doivent suivre le rythme effréné du développement des IA.

Reste que cette loi, adoptée il y a deux ans, est pionnière à l’heure où les contenus artificiels sont de plus en plus performants et de moins en moins aisés à détecter.

Contraignant… comme les cookies à l’époque

Mais certains accusent déjà l’Union européenne de créer une nouvelle usine à gaz, qui obligera à terme à étiqueter tous les contenus, vu l’usage de plus en plus généralisé de l’IA au sein de l’économie européenne. « On entend dire que ce sera très compliqué à mettre en œuvre. Et c’est ce que l’on entend souvent à propos des exigences de conformité. Et pourtant, la planète continue de tourner et on finit toujours par trouver des solutions », explique à l’AFP Ashley Casovan, qui dirige un centre sur la gouvernance de l’IA au sein de l’Association des professionnels du traitement des données. Et de faire le parallèle avec les bandeaux d’acceptation des cookies, ces outils de traçage publicitaire, qui ont fleuri sur les sites web en réponse à la réglementation européenne sur la protection des données.

À lire aussi

fraud.jpg
Un grand-père de Beloeil cartonne avec ses BD sur les géants du folklore belge, créées avec l’intelligence artificielle

Dans les faits, plusieurs grandes plateformes ont déjà anticipé ces règles en mettant en place leurs propres labels. C’est notamment le cas de TikTok, qui impose depuis plusieurs années aux créateurs de contenus le signalement de l’usage de l’IA. Dans ce cadre, plus de 3 milliards de contenus ont déjà été labellisés sur TikTok, grâce à un ensemble d’outils à la disposition des créateurs et à des technologies de détection, assure-t-on au sein de la plateforme. De même, Meta a déployé sur Instagram et Facebook une étiquette « AI Info » pour les publications utilisant l’IA.

Sources : papier de Claire Carosone sur bel RTL et agence AFP



intelligence artificielle
réseaux sociaux
Europe
Union européenne