Pendant plusieurs années, la chirurgie bariatrique s’est imposée comme l’une des principales réponses à l’obésité sévère. Ce process regroupe plusieurs techniques, principalement la sleeve gastrectomie, qui consiste à retirer une partie de l’estomac pour réduire sa capacité, et le by-pass gastrique, qui modifie le circuit digestif afin de limiter l’absorption des aliments.
Cette chirurgie a connu une progression continue jusqu’à atteindre, en France, 45 000 à 50 000 interventions par an il y a cinq ans. En Corse, la tendance a suivi la même évolution. Depuis, le nombre d’opérations diminue. Un paradoxe, alors même que l’obésité continue de progresser.
Pour le Docteur Jean-Luc Luciani, chirurgien bariatrique à la clinique Maymard à Bastia, cette baisse traduit moins un recul de l’obésité qu’une évolution de sa prise en charge. « Nous disposons aujourd’hui de plusieurs possibilités thérapeutiques et nous adaptons la stratégie au profil de chaque patient », explique-t-il. La chirurgie reste essentielle dans les formes les plus sévères, mais elle n’est plus désormais plus la seule option.
Une sélection avant même d’entrer au bloc
Contrairement aux idées reçues, le recours à cette chirurgie ne concerne qu’une partie des patients souffrant d’obésité. « Elle est réservée aux personnes présentant un indice de masse corporelle supérieur à 40, détaille le praticien qui prend en charge des patients souffrant d’obésité depuis 1999. Ou bien, un IMC supérieur à 35 s’il y a des pathologies associées comme un diabète, une hypertension ou un syndrome d’apnée du sommeil ».
L’intervention ne peut être envisagée qu’au terme d’un parcours préopératoire de six mois minimum, destiné à préparer le patient et à confirmer que l’opération gastrique constitue la réponse la plus adaptée. Nutritionniste, psychologue, cardiologue, pneumologue ou encore médecin du sommeil : les consultations s’enchaînent avant que le dossier ne soit présenté en réunion de concertation pluridisciplinaire. « Ce n’est pas le chirurgien qui décide seul : toute l’équipe évalue si le passage au bloc est réellement la meilleure solution », souligne le Dr Luciani.
« La chirurgie n’est pas un geste anodin, il y a des répercussions irréversibles sur l’anatomie »
Si l’intervention dure quelques heures, avec une hospitalisation d’un à deux jours, la chirurgie bariatrique n’en reste pas moins une transformation profonde et durable de l’organisme. « Il y a beaucoup d’idées reçues, sur le fait que ce soit très simple, courant et sans risque : la chirurgie n’est pas un geste anodin, il y a des répercussions irréversibles sur l’anatomie et sur l’alimentation postopératoire », met en garde le médecin.
C’est aussi le rôle de cet accompagnement de s’assurer que les candidats mesurent pleinement leur engagement psychologique dans la durée. « Si quelqu’un abandonne le parcours parce qu’il le trouve trop long, cela fait partie des éléments que nous considérons, indique-t-il. Certains patients ne vont pas jusqu’au bout parce qu’ils ont sous-estimé les changements et les difficultés du quotidien après l’opération. »
La chirurgie bariatrique reste donc un outil majeur dans la prise en charge de l’obésité sévère, mais elle ne constitue pas une réponse automatique. Elle suppose un engagement sur plusieurs années, bien au-delà du passage au bloc opératoire.