La sécurité ne se résume pas aux bombes et aux drones. Elle consiste aussi à garantir un climat vivable et une biodiversité indispensable à notre alimentation et à notre bien-être »
Pour l’expert, la science a pourtant joué son rôle depuis longtemps. « Le premier rapport du GIEC date de 1990. Cela fait trente-six ans qu’il annonçait déjà une augmentation des températures extrêmes. Le GIEC l’a répété des centaines de fois, les scientifiques du monde entier des milliers de fois : il fallait mieux se préparer et réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre. Les responsables politiques ne peuvent pas prétendre qu’ils n’étaient pas au courant. »
Son verdict est sans détour. « Les gouvernements belges successifs ont du sang sur les mains. » Selon lui, l’échec est double : les autorités n’ont pas suffisamment réduit les émissions responsables du réchauffement, mais elles n’ont pas davantage préparé le pays à faire face à ses conséquences.
« Pas une minute de silence »
Ce qui choque particulièrement le climatologue, c’est le contraste entre l’ampleur du bilan humain et le peu d’attention qu’il a reçu.
« Pas de minute de silence, pas de déclaration officielle du Premier ministre, ni des ministres flamands, wallon et bruxellois. Je trouve cela choquant. » Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’opposer les drames. « On s’intéresse beaucoup aux victimes de l’incendie récent à Bruxelles, ce qui est évidemment justifié. Mais pour près de 2.000 victimes d’une canicule, absolument rien ? »
À ses yeux, cette absence de réaction illustre une difficulté persistante à considérer les vagues de chaleur comme une véritable crise de sécurité civile. Pour Jean-Pascal van Ypersele, les réponses des autorités restent largement insuffisantes.
« Le seul message consiste à dire aux personnes âgées de rester à l’ombre. Ce ne sont pas des mesures fortes. » Il rappelle que les personnes âgées ne sont pas les seules exposées. « Les femmes enceintes, les très jeunes enfants et les personnes fragiles sont également vulnérables. Je connais des personnes hospitalisées dans des chambres où il faisait 35 degrés. Comment est-ce possible ? Où sont les mesures sérieuses ? »
Au-delà des recommandations individuelles, il plaide pour une transformation profonde des infrastructures. Végétaliser davantage les villes, adapter les bâtiments aux fortes chaleurs, améliorer leur isolation afin qu’ils restent frais en été tout en consommant moins d’énergie en hiver : autant de chantiers qui, selon lui, auraient dû être engagés depuis longtemps.
Il critique également les politiques menées ces dernières années. « Année après année, un gouvernement met en place des primes, des subventions ou des prêts, puis le gouvernement suivant les supprime. On ne peut pas mener une politique climatique cohérente de cette manière. »
Repenser la sécurité
Le climatologue appelle enfin à élargir la notion même de sécurité. Alors que les budgets consacrés à la défense augmentent partout en Europe, il estime que les risques climatiques méritent un investissement comparable.
« La sécurité ne se résume pas aux bombes et aux drones. Elle consiste aussi à garantir un climat vivable et une biodiversité indispensable à notre alimentation et à notre bien-être. Investir dans ces domaines, c’est aussi protéger la population. »
Pour Jean-Pascal van Ypersele, la multiplication des vagues de chaleur rend désormais l’urgence impossible à ignorer. Le véritable enjeu n’est plus de savoir si la Belgique sera confrontée à ces événements, mais si elle décidera enfin de s’y préparer avant que le prochain été ne fasse, à son tour, de nouvelles victimes.