Gorillaz - The Happy Dictator ft. Sparks (Official Visualiser) - YouTube thumbnailWatch

“The Mountain” rappelle surtout que Gorillaz est devenu pour eux un immense terrain de jeu, leur permettant de s’aventurer loin des codes de la (brit) pop et de bannir toutes les frontières, qu’elles soient géographiques ou stylistiques.

Avec une pléthore d’invités

Conçu principalement en Inde, chanté dans cinq langues -anglais, arabe, espagnol, yoruba, hindi-, le disque est d’une inventivité musicale bluffante. Comme toujours avec Gorillaz, une pléthore d’invités a participé à cette célébration: les Sparks sur l’ironique Happy Dictator, l’ex-guitariste des Smiths Johnny Marr, l’ex-bassiste de The Clash Paul Simonon, mais aussi la sitariste Anoushka Shankar (fille de Ravi Shankar), le chanteur syrien Omar Souleyman et la diva de Bollywood Asha Bhosle.

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Comment l’Inde s’est-elle imposée comme cadre à “The Mountain” ?

JAMIE HEWLETT – Fin 2022, je me suis rendu en Inde avec mon épouse et sa mère. Nous avons dû prolonger notre séjour à Jaipur pour des raisons familiales (sa belle-mère est tombée dans le coma – NDLR). J’aurais pu vivre tout ça comme un moment traumatisant, mais cette expérience m’a enrichi. J’ai dit à Damon qu’il fallait absolument retourner en Inde pour y faire le nouvel album de Gorillaz.

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DAMON ALBARN – Entretemps, mon père et celui de Jamie sont décédés à quelques jours d’intervalle. Et puis, l’allais avoir soixante ans… Tout ça nous a donné des idées.

Pas un disque dépressif

Les thèmes de la mort, de la perte et des divinités traversent plusieurs chansons de “The Mountain”. Pourtant, le disque est loin d’être dépressif.

D. A. – Quelque part, on a voulu faire un disque traitant de la mort qui permet aux gens d’avoir moins peur de celle-ci. Mais j’ai toujours été assez mauvais pour faire de la musique qu’on pourrait qualifier de “joyeuse”. Par défaut, je penche toujours vers la mélancolie. Ce qui est assez ironique, parce que dans la vie quotidienne, je suis plutôt un mec joyeux.

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Quand on évoque l’Inde dans la pop, on pense toute de suite à l’influence qu’elle a exercée sur les Beatles ou Brian Jones des Stones. Aviez-vous ces références à l’esprit ?

J. H. – Nous en étions conscients, mais ça ne nous a pas influencés. Toutes ces références remontent aux années 60. Depuis, il s’est passé mille choses. Dans la pop, comme en Inde.

D.A. – Il y a eu pourtant un épisode troublant. A New Delhi, je tombe par hasard sur une boutique de sitars: pas d’enseigne, une devanture modeste perdue dans une ruelle. Le gérant me raconte qu’il est le petit-fils du propriétaire qui a vendu à George Harrison son premier sitar. Je remarque qu’il porte au doigt une bague avec le signe du Bélier. Plus on discute, plus j’ai l’impression d’être connecté à lui. Je lui demande son âge et je comprends qu’on est nés le même jour. Il y a quelque chose de cosmologique là-dedans. Comme si j’étais destiné à me rendre en Inde pour y faire de la musique. Mais bon, on n’est pas revenus comme des sexagénaires illuminés par Hare Krishna. Au final, On a juste fait un disque de Gorillaz.

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Sur The Shadowy Light, vous invitez Asha Bosle, la plus grande chanteuse indienne. A-t-il fallu la convaincre ?

D.A. – Asha Bosle est une divinité vivante. Elle a tourné dans plus de 800 films Bollywood et enregistré environ 5.000 chansons. A Bombay, il y a plein de statues à son effigie. Nous avons passé la journée dans son appartement. Pas besoin de la convaincre. Elle nous a dit : “J’ai encore besoin d’apprendre”. Elle a 92 ans. Tu te rends compte ? Je n’ai jamais travaillé avec une artiste d’un tel tempérament.

Parallèle avec Plastic Beach

A quel moment est venu le thème de la montagne qui donne son titre à l’album ?

J.H. – Nous avons visité le fort d’Amber, non loin de Japur. Il y avait un musicien qui jouait d’un violon à une seule corde. La mélodie qui sortait de son instrument a inspiré Damon. Il l’a appelée The Mountain, qui est devenu l’ouverture du disque et son nom de baptême. C’est comme avec notre album “Plastic Beach” en 2010. Quand tu trouves un titre comme ça, il y a plein d’idées qui te viennent en tête. Le chemin pour arriver au sommet de la montagne, ce qu’il y a sur l’autre versant, la descente, la réincarnation… C’est très inspirant.

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La perte de vos pères respectifs vous a-t-elle rapprochés ?

D. A. – Jamie et moi, nous avons été toujours été très proches. Notre relation a bien sûr évolué en fonction de nos propres trajectoires humaines et artistiques. Ici, la corde s’est cassée plus ou moins au même moment. Ça nous a permis de faire notre deuil ensemble et de transformer la tristesse en quelque chose de plus lumineux. C’est quelque chose que nous avons toujours fait avec Gorillaz : apprendre à mieux se connaître, avancer, collaborer avec des gens du monde entier.

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Vous rendez hommage à vos pères disparus mais aussi à beaucoup d’artistes décédés avec qui Gorillaz a collaboré. C’était le bon moment pour le faire ?

J. H. – Dès le premier album de Gorillaz, en 2001, j’avais créé ce personnage virtuel, Russel, qui fonctionnait comme une réincarnation des esprits des musiciens disparus. On avait un peu laissé tomber cette idée jusqu’à “The Mountain”. Dans plusieurs chansons, Damon a introduit des segments inédits de sessions avec des artistes invités sur nos disques précédents qui ne sont plus là : Bobby Womack Denis Hopper, Tony Allen…

Gorillaz célèbre ses vingt-cinq ans avec l’expo House Of Kong, inaugurée à Londres l’été dernier, et actuellement présentée à Los Angeles. Vous souvenez-vous de la manière dont tout a commencé ?

D.A. – Les débuts de Gorillaz ? Nous nous approchions du nouveau millénaire. C’était une période angoissante, on pensait que tout allait bugger. Après la peur de la Guerre froide et du sida, le passage à l’an 2000 était une sorte d’ennemi existentiel. “Gorillaz”, notre premier album, est né dans ce contexte. Au moment de travailler sur le deuxième album, “Demon Days”, je me souviens que j’étais chez ma soeur. On se préparait un thé pour bien débuter une journée qui s’annonçait ordinaire. On a allumé la télé. C’était le 11 septembre 2001… Nouvelle peur. L’idée de Gorillaz, c’était de créer des avatars et de voyager dans un monde où nous nous sentions moins vulnérables.

Une expo Gorillaz en Belgique?

J. H – On ne savait pas très bien comment s’y prendre avec l’expo. Ce n’est jamais évident de refaire le chemin inverse. Mais nous avons travaillé avec une équipe qui nous a très bien guidés. Ma sœur a vu House Of Kong à Londres et elle a fondu en larmes. Elle m’a dit : “les dessins, les personnages, l’odeur repoussante des figurines représentant les membres de Gorillaz… Tout ça me rappelle ta chambre quand tu étais gamin.” J’espère que vous pourrez voir l’expo en Belgique.

Vous avez créé un groupe virtuel et utilisé la 3D dans vos concerts. Quel regard portez-vous sur l’IA ?

J. H. – Comment réagis-tu en écoutant un morceau produit par l’IA ? Tu pleures ? Tu ris ? Non, tu ne ressens rien. L’IA ne sert qu’à nous rendre plus paresseux. Nous ne sommes pas du tout intéressés par l’IA. L’IA, c’est le passé, ce qui existe déjà. Si tu l’utilises comme artiste, tu es un voleur. Gorillaz n’a jamais eu recours à ces pratiques. Notre projet a commencé comme une réaction à la pop manufacturée diffusée en boucle sur MTV. Peut-être qu’aujourd’hui, Gorillaz est encore plus nécessaire que jamais pour contrer l’intelligence artificielle.

Le 4/7, Rock Werchter.

Gorillaz The Mountain Kong