« Mon tort, c’est de ne pas posséder le précieux « titre requis », un simple bout de papier qui, dans les méandres de l’administration publique, pèse bien plus lourd que des décennies de dévouement et de compétences professionnelles », souligne la désormais ex-secrétaire de direction. Après 24 années passées au Lycée Charles Plisnier de Saint-Ghislain, Sandra Dollé ne cache pas son incompréhension.
Entrée dans l’établissement comme professeure de secrétariat, de dactylographie et de bureautique, elle avait progressivement vu sa spécialité disparaître avec les réformes de l’enseignement qualifiant. Privée d’heures de cours, elle avait alors été désignée comme secrétaire de direction faisant fonction, un poste qu’elle a occupé durant près de sept ans. « Je me suis réinventée pour continuer à servir mon école », explique-t-elle. « Toujours présente pour mes collègues, les parents et les élèves, je n’ai jamais compté mes heures, travaillant régulièrement en soirée, durant les week-ends et mes vacances. »
Elle évoque notamment la période du Covid, durant laquelle elle est restée aux côtés de la direction pour mettre en place les plateformes d’enseignement à distance et maintenir le lien avec les familles. Plus marquant encore, elle raconte avoir poursuivi son travail après un grave accident de vélo survenu juste avant une rentrée scolaire. « J’ai refusé de faire valoir mon certificat médical d’arrêt. Pour ne pas abandonner ma nouvelle directrice lors de sa toute première rentrée scolaire, j’ai assuré un travail colossal en télétravail, me faisant déposer deux jours par semaine au lycée afin de garantir que tous les enseignants temporaires soient payés en temps et en heure. »
« Le couperet est tombé » »
Malgré des rapports qu’elle qualifie de très favorables et des compétences reconnues sur le terrain, Sandra Dollé a finalement perdu sa désignation le 1er juillet dernier. « Aujourd’hui, ce dévouement exceptionnel est balayé d’un revers de main », regrette-t-elle. « L’administration applique un texte rigide qui me disqualifie faute de diplôme spécifique pour ce poste. »
La mère de trois enfants, aujourd’hui séparée, explique également les conséquences concrètes de cette décision. « Alors que mon aîné entame à la rentrée des études supérieures, je suis contrainte de multiplier les flexi jobs en soirée pour subvenir à leurs besoins. » Au-delà de sa situation personnelle, elle estime que son cas illustre les limites du système actuel. « Ce paradoxe illustre la dérive d’un système éducatif qui privilégie le diplôme au détriment du mérite. »
Aucune marge de manœuvre
Interrogé par nos soins, Wallonie-Bruxelles Enseignement assure « regretter profondément la situation vécue par Madame Sandra Dollé », tout en précisant qu’elle résulte de l’application d’une réglementation fixée par le Pouvoir régulateur, la Fédération Wallonie-Bruxelles, et non d’une décision du pouvoir organisateur WBE.
L’organisme insiste également sur le fait que les compétences ou l’engagement professionnel de l’intéressée ne sont aucunement remis en cause. « Cette situation est humainement difficile, tant pour l’intéressée que pour les équipes de l’établissement et pour le Pouvoir organisateur. » WBE explique que la réglementation l’obligeait à lancer un appel à candidatures pour ce poste. « Une candidature remplissant les conditions de titre prévues par la réglementation a été introduite et la personne a été désignée à l’issue de la procédure. Dans ce contexte, WBE ne disposait d’aucune possibilité légale de maintenir Madame Dollé dans cette fonction. »
Le pouvoir organisateur affirme d’ailleurs ne pas partager entièrement cette réglementation. « WBE n’est pas en accord avec la réglementation actuellement en vigueur », souligne-t-il, rappelant avoir demandé à plusieurs reprises une évolution des textes « afin qu’ils puissent davantage tenir compte de l’expérience acquise, des compétences développées sur le terrain et des besoins des établissements scolaires. »
Selon WBE, plusieurs propositions visant à élargir les conditions d’accès à la fonction de secrétaire de direction ont ainsi été formulées, mais n’ont malheureusement pas été retenues par le Pouvoir régulateur. Enfin, concernant le sentiment d’abandon exprimé par Sandra Dollé, WBE indique entendre son ressenti et se dit « sincèrement désolé qu’elle ait vécu cette situation avec le sentiment de ne pas avoir été suffisamment accompagnée. »
L’organisme assure que la décision a été annoncée « par le chef d’établissement avec toute l’empathie requise » et rappelle que l’intéressée avait été informée, avant le lancement de l’appel à candidatures, du risque que faisait peser la réglementation sur sa désignation.