Réactions en chaine

Le président français Emmanuel Macron a demandé au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, de « renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne ». Le chef de l’État français a par ailleurs souligné que « la France se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire, si celles-ci en expriment le besoin, y compris au travers (…) Frontex », l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières, a-t-on ajouté de même source.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré vendredi attendre du Maroc qu’il « reprenne immédiatement les migrants en situation irrégulière ». « L’Espagne veut et doit reprendre la situation à Ceuta en main le plus rapidement possible. Je salue donc l’intention de l’Espagne de ne pas laisser les migrants en situation irrégulière accéder au continent européen », a également déclaré le dirigeant conservateur dans un communiqué.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a estimé vendredi que la crise migratoire en cours à Ceuta était liée à une interprétation malhonnête « par les mafias » d’une récente décision de justice statuant sur la reconduite des migrants arrivés par la mer. « Ce qui ressort des échanges que nous avons eus avec les autorités marocaines, c’est une lecture intéressée que les mafias de trafiquants d’êtres humains ont fait d’un arrêt de la Cour suprême » espagnole, a-t-il dit.

« Ce qui s’est passé hier est une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne. Ceuta est une ville espagnole et les événements d’hier méritent toute notre réprobation, toute notre condamnation, exprimée avec la plus grande fermeté possible. Nous rejetons, condamnons et déplorons cette violation et cette attaque contre l’intégrité territoriale d’une ville espagnole, à savoir la ville de Ceuta. »

La Finlande a dit vendredi soutenir la proposition italienne de fermer l’espace Schengen à l’Espagne. « L’Espagne a complètement échoué à protéger la frontière extérieure de l’espace Schengen contre les intrusions. Cela ne peut pas continuer », a écrit sur X la ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen, membre de la droite populiste finlandaise. « Les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen », a-t-elle poursuivi, appelant tous les pays européens à suivre la proposition de la cheffe du gouvernement italien d’extrême droite, Giorgia Meloni.

Puis, ça a été au tour de la Première ministre danoise Mette Frederiksen de juger que l’Union européenne devrait envisager de suspendre l’Espagne au sein de l’espace Schengen. « Il va de soi que l’UE doit immédiatement prendre toutes les mesures nécessaires et envisager toutes les options, y compris une suspension de la coopération Schengen. Une immigration incontrôlée constitue une menace pour l’Europe et pour le Danemark », a estimé Mme Frederiksen dans une déclaration envoyée à l’AFP.

Qualifiant les images en provenance de Ceuta de « choquantes », elle a indiqué s’être déjà entretenue avec la cheffe du gouvernement italien d’extrême droite, Giorgia Meloni, qui est à l’initiative de cette proposition de fermeture. « Nous rassemblons des dirigeants européens pour discuter de la situation », a-t-elle précisé. La ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen, membre de la droite populiste, a également soutenu la proposition de la Première ministre italienne.

« Une question européenne, et non uniquement espagnole » : la Belgique réagit

Du côté belge, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a insisté sur la priorité que le gouvernement accorde à la protection des frontières extérieures de l’Union européenne. « La Belgique suit de près la situation à Ceuta. Lorsqu’un État membre situé à la frontière extérieure subit une telle pression, il s’agit d’une question européenne, et non uniquement espagnole », a-t-il déclaré sur X, appelant à l’implication des autorités européennes et marocaines.

Maxime Prévot a précisé avoir été en contact ce vendredi matin même avec les autorités espagnoles, qui prennent, selon lui, les mesures nécessaires en coordination avec le Maroc, « y compris des mécanismes de retour pour ceux qui ont franchi illégalement la frontière ».

Un flux ininterrompu d’arrivants

Les arrivées, qui n’ont pas cessé de la nuit, continuaient ce vendredi matin, majoritairement des jeunes hommes et des adolescents, et 19 d’entre eux sont morts noyés en tentant le passage de la frontière par la mer, selon cette source, dans ce petit territoire habité par 80.000 personnes.

Les 19 victimes ont été retrouvées aux abords de la digue frontalière, par laquelle des milliers de personnes affluent depuis la veille en provenance du pays voisin, précisent des sources policières. Ces dernières n’excluent pas que le bilan augmente.


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Madrid a déployé des renforts de la Guardia Civil, de la Police nationale et de l’armée afin de sécuriser la frontière et de gérer les arrivées. En parallèle, les organisations humanitaires rappellent que ces traversées restent particulièrement dangereuses.

Les autorités marocaines ont commencé à utiliser du matériel anti-émeute, du gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser la foule aux abords de la frontière, a pour sa part constaté l’agence EFE.

Pourquoi cette situation ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette nouvelle pression migratoire. Les difficultés économiques persistantes dans une partie du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne poussent de nombreuses personnes à tenter leur chance en Europe. Les conditions météorologiques favorables observées ces dernières semaines ont également facilité les traversées.

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Les relations entre l’Espagne et le Maroc constituent un autre élément important du contexte. Les deux pays coopèrent étroitement dans le contrôle des frontières, et toute évolution de cette coopération peut avoir un impact sur les flux migratoires.

Un élément de réponse de cet afflux récent tiendrait sur une rumeur d’ouverture de la frontière. Un jeune homme qui portait un sac à dos a affirmé à l’AFP être venu « à pied » depuis Tanger, à environ 70 kilomètres à l’ouest de Fnideq, « après avoir entendu que la frontière avait été ouverte au poste-frontière de Bab Sebta ».

Pourquoi Ceuta est-elle si stratégique ?

Ceuta est une ville autonome espagnole de moins de 20 km² située sur la côte marocaine. Avec Melilla, elle constitue l’une des deux seules frontières terrestres entre l’Union européenne et le continent africain. Cette situation géographique en fait un point de passage privilégié pour les candidats à l’exil, mais aussi un symbole des politiques migratoires européennes.

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L’enclave est également au cœur d’un contentieux diplomatique. Le Maroc revendique depuis plusieurs décennies la souveraineté sur Ceuta et Melilla, tandis que l’Espagne considère ces territoires comme une partie intégrante de son territoire national. Les questions migratoires viennent régulièrement s’ajouter à ces tensions politiques.

Une crise qui dépasse les frontières espagnoles

Après cette arrivée massive, l’Italie a dit jeudi vouloir fermer l’espace Schengen à l’Espagne.

« Nous sommes en train de réunir les instances compétentes et, à l’issue de ces réunions, nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures exceptionnelles (…), comme la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne », a écrit la cheffe du gouvernement d’extrême droite Giorgia Meloni en dénonçant la « menace » de l’immigration clandestine.

« L’Italie ne restera pas les bras croisés », a-t-elle affirmé sur X, sans préciser comment une telle mesure serait mise en place.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Luis Albares, a dénoncé dans la foulée la « démagogie » de Rome, annonçant la convocation vendredi de l’ambassadeur d’Italie à Madrid en signe de protestation.