Le compte à rebours est lancé. Mercredi 26 août 2026 sera la dernière journée durant laquelle les visiteurs pourront admirer Le Christ sur la croix (1835) d’Eugène Delacroix, au musée des Beaux-Arts de La Cohue à Vannes (Morbihan). Dès le lendemain matin, jeudi 27 août, le tableau prendra la route de Paris pour rejoindre le musée Jacquemart-André. Il y sera présenté du 11 septembre 2026 au 24 janvier 2027, dans le cadre d’une exposition consacrée au Tintoret.
Pour Sophie de Grande, régisseuse des collections du musée, cette opération constitue un véritable chantier. C’est une très belle aventure. Ce n’est pas tous les jours qu’on participe à ce genre d’opération, confie-t-elle.
Le voyage débutera par une étape particulièrement délicate : la mise en caisse de l’œuvre. Une caisse spécialement conçue pour le tableau est conservée depuis plusieurs années dans les réserves du musée. Elle avait été fabriquée à l’occasion d’un précédent déplacement au MET, à New York, en 2021 et a, depuis, accompagné l’œuvre lors d’autres prêts, notamment au Musée Forli, en Italie.
Une période d’acclimatation
Le 27 août, des transporteurs spécialisés venus de Paris arriveront au musée pour mettre le tableau dans cette précieuse caisse. Plusieurs espaces seront mobilisés pour permettre l’opération, notamment la salle où le tableau est actuellement accroché et le passage central. Comme nous allons utiliser plusieurs espaces, il faudra ponctuellement fermer des accès au public, explique Sophie de Grande. L’opération devrait durer environ une heure. Les visiteurs pourront toutefois continuer à venir au musée et, s’ils le souhaitent, assister à une partie de ces coulisses inhabituelles.
Une fois le tableau soigneusement conditionné, le transport vers Paris se fera directement. Mais à son arrivée au musée Jacquemart-André, le Delacroix ne sera pas immédiatement installé. Comme pour les œuvres particulièrement sensibles, une période d’acclimatation de 24 à 48 heures est prévue. La caisse sera entreposée dans des espaces adaptés afin de permettre à l’œuvre de s’imprégner de son nouvel environnement.
Sophie de Grande accompagnera cette nouvelle étape. Son rôle sera de superviser la réception et de veiller au respect des conditions de conservation et de sécurité. Car le parcours du tableau ne s’arrêtera pas aux portes du musée parisien. Il devra encore rejoindre les espaces d’exposition situés dans les étages et notamment franchir un escalier monumental. Mon rôle de régisseuse est de vérifier que tout se passe bien, précise-t-elle.
Une place de choix dans le futur musée
Le prêt est d’autant plus symbolique que Le Christ sur la croix occupe une place particulière dans l’histoire du musée vannetais. L’œuvre est à l’origine de la création du musée des Beaux-Arts de Vannes. Elle est également présentée comme le seul tableau de Delacroix conservé et exposé dans un musée en Bretagne, ce qui en fait une œuvre particulièrement emblématique.
Pendant son absence, les visiteurs ne seront toutefois pas totalement privés du tableau. Une reproduction de très grande qualité, déjà utilisée lors d’un précédent prêt, prendra temporairement sa place. Le musée des Beaux-Arts fermera ensuite définitivement ses portes le 31 octobre, dans l’attente de son déménagement au château de L’Hermine. Le Delacroix y bénéficiera d’une place de choix : il sera installé dans une salle qui lui sera entièrement consacrée, au début du parcours permanent du premier étage du musée de l’Hermine. Il sera présenté aux côtés de l’étude du Mauvais Larron, de dessins et d’œuvres graphiques liés à l’artiste.
Son départ pour Paris devrait ainsi être l’un des derniers grands voyages du tableau avant son installation définitive dans son nouvel écrin. Quand on a des prêts majeurs comme celui-ci, la décision ne revient pas au musée, mais au maire, puisque l’œuvre appartient à la Ville , rappelle Sophie de Grande. Une décision qui témoigne aussi de la volonté de faire rayonner les collections vannetaises au-delà de leurs murs.