A Madrid, plusieurs centaines de manifestants anti-migrants, pour beaucoup vêtus de noir, se sont rassemblés vendredi soir devant l’ambassade du Maroc à Madrid pour dénoncer « l’invasion » migratoire à Ceuta, scandant des slogans comme « L’Espagne, chrétienne et pas musulmane ! ».

D’autres brandissaient une grande banderole « Remigration », le retour des personnes immigrées vers leur pays d’origine, concept promu par de nombreuses formations d’extrême droite en Europe.

DIRECT – Ceuta: l’Italie suspend l’ouverture de l’espace Schengen à l’Espagne, sécurité renforcée à la frontière franco-espagnoleSuivez les dernières infos en direct :

Mesures sécuritaires en France et Italie

L’Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles frontaliers avec l’Espagne après l’entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l’enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l’Union européenne.

Dès jeudi, l’Italie avait annoncé vouloir suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Mais la proposition a été qualifiée de « démagogique » par l’Espagne.

La portée de cette proposition reste des juristes consultés par l’AFP assurant qu’il est impossible de l’appliquer dans le cadre légal actuel.Par ailleurs, à compter de samedi selon le ministère italien de l’Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d’Espagne.En France, le nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, a annoncé vendredi le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de « renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne ».De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: « ce n’est pas le moment de se diviser. C’est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie ».Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l’extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l’espace Schengen.

La plupart des migrants sont rentrés au Maroc

Signe du chaos régnant à Ceuta, de nombreux migrants ont retraversé vendredi la frontière en sens inverse pour rentrer au Maroc : « il y a trop de monde ici, tout est plein » a expliqué l’un d’eux à l’AFP.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Jose Manuel Albares, « la quasi-totalité de ceux qui sont entrés à Ceuta sont déjà retournés au Maroc ».

Venant de la ville marocaine de Fnideq, qui jouxte l’enclave espagnole, les migrants, sont arrivés toute la nuit par la terre et la mer, franchissant les hautes barrières de barbelés qui matérialisent la frontière, ou les contournant par la mer. Dix-huit d’entre eux se sont noyés, selon une source policière.

A Madrid, plusieurs centaines de manifestants anti-migrants, pour beaucoup vêtus de noir, se sont rassemblés vendredi soir devant l’ambassade du Maroc à Madrid pour dénoncer « l’invasion » migratoire à Ceuta, scandant des slogans comme « L’Espagne, chrétienne et pas musulmane ! ».

D’autres brandissaient une grande banderole « Remigration », le retour des personnes immigrées vers leur pays d’origine, concept promu par de nombreuses formations d’extrême droite en Europe.

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Le Maroc laisse-t-il faire ?

Selon Ignacio Cembrero, il semblerait que, depuis mercredi, les forces de sécurité marocaines « restent les bras croisés ».

« Pour atteindre la digue qui marque la frontière entre Ceuta et le Maroc, il y a des cordons de police et de forces auxiliaires, et il est évident qu’on les a laissés passer. Sinon, cela ne se serait pas produit », a-t-il expliqué.

Carlos Echeverria, directeur de l’Observatoire de Ceuta et Melilla, a estimé que l’usage du terme controversé d' »invasion » peut se justifier, dans la mesure où « des milliers de personnes franchissent illégalement une frontière internationale en exerçant une pression sur un pays voisin ».

L’Espagne submergée par une vague migratoire inédite : « J’ai vu deux jeunes hommes mourir sous mes yeux »Pourquoi maintenant ?

Selon les experts interrogés par l’AFP, plusieurs explications sont possibles.

L’une d’elles tient à une décision rendue le 8 juillet par la Cour suprême espagnole, selon laquelle le renvoi immédiat d’un migrant sans ouverture préalable d’une procédure administrative d’expulsion ne s’applique pas aux personnes arrivées par voie maritime.

« Il ne fait aucun doute que l’arrêt du 8 juillet (…) a joué un rôle. Mais cela n’explique pas l’ampleur de la mobilisation, qui est très importante », a soulevé M. Cembrero.

Cette arrivée massive pourrait également avoir été favorisée par la récente décision du gouvernement espagnol de régulariser des personnes entrées illégalement dans le pays, ou par la perspective d’un éventuel changement de majorité au pouvoir au profit d’un exécutif plus ferme sur l’immigration.

Mais ces deux hypothèses restent difficiles à confirmer, ont souligné les analystes.

Un moyen de pression pour le Maroc ?

« Le plus important, le contexte, c’est ce chantage permanent » exercé par le Maroc, a souligné M. Echeverria.

Selon plusieurs analystes, les crises migratoires à répétition et le supposé laxisme des forces de sécurité marocaines constituent des moyens de pression diplomatique.

Le Maroc revendique la souveraineté sur Ceuta et Melilla depuis son indépendance en 1956, tandis que l’Espagne refuse catégoriquement toute négociation sur l’avenir de ces deux enclaves.

Pour Ignacio Cembrero, « les autorités marocaines y ont vu une occasion de forcer l’Espagne à négocier l’avenir de ces villes ».

Face à cette revendication territoriale « inacceptable », Carlos Echeverria juge que la question doit être « européanisée ».

« Nous devons obtenir des mesures de rétorsion de la part de l’Union européenne, en tant qu’État membre, », a-t-il plaidé.

Contrôle de l’espace Schengen

En réponse à cette crise, dont les images ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l’extrême droite européenne au sujet des contrôles aux frontières, l’Italie a annoncé vendredi suspendre temporairement les règles de l’espace Schengen vis à vis de l’Espagne.

Rome, soutenu par la Finlande et le Danemark, avait signifié la veille d’agir face à une situation qualifiée « d’invasion » par certains, à l’image du président américain Donald Trump.

Une décision jugée « démagogique » par Madrid, et dont la portée demeure encore incertaine, les juristes consultés par l’AFP assurant qu’il est impossible de l’appliquer dans le cadre légal actuel.

Côté français, Emmanuel Macron a lui réaffirmé « sa solidarité » à l’Espagne, tout comme le Royaume-Unis, se disant tous deux prêts à aider l’Espagne.

Paris a toutefois annoncé dans la foulée multiplier par cinq le nombre de policiers et de gendarmes samedi à la frontière franco-espagnole, portant leur nombre à 334.

Une mesure suivie de près par le Portugal, le Premier ministre Luis Montenegro ayant annoncé vendredi un renforcement du contrôle aux frontières terrestres et martimes dans le sud du Pays.