
par Gaëtan Willemsen
Publié le 01 août à 12h32
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Deux membres de Massive Attack sont désormais persona non grata à Singapour pour avoir affiché un drapeau palestinien et scandé « Free Palestine » lors d’un concert, évitant une potentielle peine de prison.
Le groupe britannique Massive Attack ne pourra plus se produire à Singapour. Les autorités de la cité-État ont annoncé lui interdire toute future représentation après qu’au moins deux de ses membres ont brandi un drapeau palestinien et scandé « Free Palestine » lors d’un concert donné au Star Theatre mercredi 29 juillet. Les deux musiciens concernés se sont également vu interdire de revenir dans le pays. Des peines plus légères que la peine maximale prévue par la loi locale.
Selon la police singapourienne, cette décision fait suite à une enquête menée après le concert. Les autorités indiquent avoir adressé des « avertissements sévères » aux deux membres du groupe pour de possibles infractions à la législation locale, qui interdit notamment l’affichage public de drapeaux étrangers sans autorisation et encadre strictement les manifestations à caractère politique. Dans un communiqué, la police précise que, malgré les conditions imposées à l’organisateur de l’événement, « deux membres du groupe ont brandi un drapeau étranger sur scène, et l’un d’entre eux a également crié « Free Palestine » ». Les autorités estiment que ce type d’initiative est susceptible de nuire à « l’harmonie raciale et religieuse » du pays.
En plus de l’interdiction d’entrée visant les deux musiciens, le régulateur des médias a annoncé qu’il ne délivrerait plus d’autorisation pour d’éventuels concerts de Massive Attack à Singapour.
Un groupe connu pour ses engagements
Pionnier du trip-hop, Massive Attack est depuis longtemps connu pour ses prises de position politiques, notamment concernant la guerre à Gaza. Le groupe, composé aujourd’hui de ses membres fondateurs Robert Del Naja et Grant Marshall, affiche régulièrement son soutien à la cause palestinienne. En avril dernier, Robert Del Naja avait d’ailleurs été arrêté à Londres lors d’une manifestation de soutien au mouvement Palestine Action, organisation interdite au Royaume-Uni.
Trois jours avant le concert de Singapour, lors de leur prestation au Fuji Rock Festival de Naeba au Japon le dimanche 26, le groupe a également projeté des messages politiques s’en prenant, entre autres, à Donald Trump, Vladimir Poutine, Benjamin Netanyahu ou encore Palantir, l’entreprise américaine de Peter Thiel dont les logiciels de surveillance utilisant l’IA sont utilisés à des fins militaires.
Ni le groupe ni le promoteur du concert n’ont commenté la décision des autorités singapouriennes.
Une législation très stricte
Singapour applique depuis longtemps une réglementation particulièrement stricte en matière de liberté d’expression et de rassemblements publics. Les autorités justifient ces restrictions par la volonté de préserver la cohésion sociale dans ce pays multiculturel.
À Singapour, l’affichage public d’un drapeau étranger sans autorisation est passible, pour une personne physique, d’une amende pouvant atteindre 500 dollars singapouriens (environ 330 euros), d’une peine pouvant aller jusqu’à 6 mois de prison, ou des deux. Cette infraction est prévue par le Foreign National Emblems (Control of Display) Act, qui interdit de manière générale l’exposition publique de drapeaux et emblèmes nationaux étrangers sans permis des autorités.
Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, plusieurs événements liés au conflit ont fait l’objet d’enquêtes ou de sanctions. Le gouvernement singapourien défend officiellement une solution à deux États, avec la coexistence d’Israël et d’un État palestinien, mais affirme également que les conflits internationaux ne doivent pas être importés dans le débat public national.