Son hypothèse ? Pour le policier aujourd’hui retraité, les faits se sont arrêtés avec et à cause de la mort de l’auteur principal, appelé Tueur, « dont le cadavre se trouve encore toujours à Braine-le-Comte, au fond d’une décharge d’immondices, la décharge Marouset ».

« Pourquoi pas une ‘taskforce de la dernière chance’? »

Alors, questionne Eddy Vos, « pourquoi ne pas tenter le coup, pourquoi ne pas fouiller ? » Vos s’appuie sur des éléments d’enquête qu’il précise « connus publiquement » : atteint par un tir policier après l’attaque au Delhaize d’Alost le 9 novembre 1985, Tueur, qui aurait tué à lui seul 24 des 28 victimes attribuées à la bande, a été jeté dans la décharge par ses complices.

Ceux-ci, l’achevant d’un tir de 9 mm, s’étaient débarrassés de lui dans le bois de La Houssière.

Pour Eddy Vos, cela résulte de cinq témoignages cohérents et d’éléments matériels, notamment de douilles de 9 mm retrouvées à l’endroit précis du lieu de l’exécution.

Mon hypothèse reste que Tueur pouvait être français

Tueur étant mort en 1985, il ne pouvait s’agir des frères Sliman décédés, Thierry en 2011, Xavier en 2019.

Pour Eddy Vos cependant, « si l’enquête identifie trois auteurs principaux, les portraits-robots attestent qu’ils étaient, en réalité, plus nombreux. »

Dès lors, peut-on exclure que d’autres que les trois principaux, y compris les Sliman, aient participé à un moment donné ? Pour Eddy Vos, c’est clair, « l’un n’exclut pas l’autre. »

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« Mais si l’on se base sur le profiling, poursuit Eddy Vos, il y a, du premier fait en 1982 au dernier en 1985, un personnage central – Tueur. Or, l’ADN comparé à celui des frères Sliman a été extrait sur des mégots trouvés, en 1983, dans le cendrier du taxi de Constantin Angelou, un taxi qu’on avait nettoyé la veille. Or l’on sait par la balistique que celui qui a tiré sur le chauffeur était assis à l’arrière, près du cendrier. On déduit que le profil ADN extrait des mégots est celui de Tueur qui d’ailleurs, se servait déjà du.22 qu’on retrouve en rapport avec d’autres victimes, notamment José Van den Eynde tué quinze jours plus tôt à l’Auberge du Chevalier à Beersel, qui connaissait Angelou et ne peut être Xavier ni Thierry Sliman, ceux-ci étant morts plus de 25 ans plus tard. Aucun des Sliman ne pouvait être Tueur ».

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Ajoutons que si certains des quatre témoins présents dans l’armurerie Dekaise braquée à Wavre en 1982 ont évoqué une certaine ressemblance avec les Sliman, aucun ne les a reconnus, en particulier Daniel Dekaise qui pourtant, l’ayant rencontré, connaissait Xavier Sliman avant.

« Ne pas trop vite oublier la France »

L’échec des analyses ADN exclut-il le milieu français ? Pour Eddy Vos, « bien au contraire. En plus, les Sliman n’étaient pas les seuls. Il y avait d’autres criminels dans le Nord de la France, et je ne trahis rien en disant qu’avant de quitter la cellule d’enquête Brabant wallon (en 2012, ndlr), c’est une hypothèse que nous avions. N’oublions pas que le milieu de la prostitution et des jeux à Bruxelles était entre les mains de gangsters français. Que le premier fait Brabant wallon a été commis à Maubeuge. Que lors du hold-up chez Dekaise où le même véhicule (qu’à Maubeuge) a été utilisé, la voiture était immatriculée en France avant qu’on mette des plaques belges. Qu’on a trouvé un couteau gravé « Vendetta Corsa ». Ni que d’après le vocabulaire des auteurs rapportés par les témoins – « Ne fais pas l’andouille ou je te bute » -, on ne peut pas exclure des auteurs du Nord de la France ».

En plus, l’expert balistique Dery s’étonnait de trouver des munitions rares en Belgique, très utilisées dans le nord de la France. « Nous avions cette hypothèse française parmi d’autres, reprend Eddy Vos, mais elle n’a pas abouti. Aujourd’hui, mon hypothèse reste que Tueur pouvait être français, et j’ajouterais : actif dans le milieu des mercenaires, et que les auteurs principaux devaient avoir un repaire ou une cache dans les environs du bois de La Houssière à Braine-le-Comte. L’hypothèse n’engage que moi, bien sûr. »

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Après l’échec de la piste française, doit-on perdre espoir ?

Eddy Vos : « J’aimerais et j’espère que non. Je rappelle qu’alors que sept gilets pare-balles ont été volés à Tamise, seule la partie d’un a été retrouvée dans le canal. De même, la plupart des armes, dont les deux fusils à pompe, les deux Ingram, le.22 et un 7,65 mm, n’a pas été retrouvée. Or on ne peut pas les avoir fait disparaître. Les pièces doivent encore se trouver quelque part, ainsi que les ossements du principal auteur, Tueur. Je maintiens que ces restes se trouvent dans la décharge Marouset. Nous avons le témoignage de quelqu’un qui, passant par-là au bon moment cette nuit-là, a vu les complices transporter le corps dans un tapis. Selon moi, les complices ne l’ont pas enterré. Enterrer un corps dans un tapis n’a pas de sens. Ils étaient pressés de s’en débarrasser. Pour moi, ils l’ont jeté dans la décharge, pas au milieu mais depuis le bord. Si l’on décidait de faire des fouilles là, ça limiterait par où commencer. Impossible ? Je ne dirais pas cela. Les Australiens l’ont fait, eux, en 1999, dans l’affaire Arthur « Ned » Smith. Il fallait aussi fouiller une décharge en Nouvelle-Galles du Sud, à Castlereagh, et ils l’ont fait à l’aide d’excavatrices et de chiens formés à cela. Ils ont retrouvé les restes d’une victime en creusant verticalement à l’endroit indiqué par les chiens. D’accord, ils ont creusé 12 mètres mais en trouvant le corps, ils ont permis de faire condamner le meurtrier. Cette décharge de Marouset, quand on l’a fermée, atteignait entre 15 et 25 mètres. C’est là qu’il faut chercher, j’en suis certain. […] Je me rends compte de l’ampleur, mais peut-être n’est-ce pas impossible ».

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