Le départ est donné sur une piste encore humide par endroits après une averse. Dès la fin du premier tour, plusieurs pilotes rentrent changer leurs pneus pluie contre des slicks. Lauda fait partie de ceux-là. Quelques minutes plus tard, dans la rapide courbe de Bergwerk, tout bascule.
Sa Ferrari décroche soudainement avant de percuter violemment le talus. Propulsée au milieu de la piste, la monoplace s’embrase instantanément. Brett Lunger, arrivé quelques secondes plus tard, ne peut éviter l’épave et la percute de plein fouet, aggravant encore l’incendie. Les flammes engloutissent la Ferrari tandis qu’un épais nuage de fumée toxique envahit le cockpit.
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Les secondes s’égrènent. Elles paraissent interminables.
Alors que les commissaires peinent à intervenir, quatre pilotes stoppent leur course. Arturo Merzario, Guy Edwards, Harald Ertl et Brett Lunger se jettent dans les flammes. Au péril de leur propre vie, ils parviennent à arracher Lauda de son cockpit. Son casque a fondu par endroits. Son visage est atrocement brûlé. Mais le plus grave est invisible : pendant de longues secondes, il a inhalé des gaz brûlants qui détruisent ses voies respiratoires.
Transporté par hélicoptère puis transféré à l’hôpital de Mannheim, son état empire. Les médecins craignent moins les brûlures que les lésions pulmonaires provoquées par les fumées toxiques. Son pronostic vital est engagé et un prêtre lui administre les derniers sacrements. Beaucoup, dans le paddock, se préparent au pire.
Pourtant, contre toute attente, Lauda refuse de céder.
Les jours passent, les opérations s’enchaînent et les greffes commencent. Les cicatrices marqueront définitivement son visage et lui feront perdre une partie de son oreille droite. Lui, en revanche, ne pense déjà plus qu’à une chose : remonter dans une voiture.
Quarante-deux jours seulement après avoir été entre la vie et la mort, le miracle se produit. Le 12 septembre 1976, à Monza, Niki Lauda réapparaît dans le paddock. Les bandages dépassent encore de sa cagoule ignifugée. Ses paupières cicatrisent difficilement et chaque mouvement est douloureux. Beaucoup imaginent qu’il effectuera quelques tours symboliques. Il signe pourtant le cinquième temps des qualifications avant de terminer quatrième du Grand Prix d’Italie.
Ce retour dépasse le simple exploit sportif. Il devient l’incarnation d’une volonté presque inhumaine.
Lauda poursuivra ensuite sa lutte pour le titre mondial face à James Hunt jusqu’au dernier Grand Prix, disputé sous un déluge au Japon. Cette fois, il choisit de s’arrêter après seulement deux tours. « Ma vie vaut plus qu’un championnat », estime-t-il. Il abandonne une couronne mondiale pour un seul point, mais impose définitivement une autre forme de courage : celui de savoir renoncer lorsque le risque devient inacceptable.
Cinquante ans après l’accident du Nürburgring, l’image de cette Ferrari en flammes demeure l’un des symboles les plus puissants de la Formule 1. Elle rappelle autant la dangerosité d’une époque que le courage des pilotes venus sauver l’un des leurs. Et surtout, elle raconte l’histoire d’un homme qui a défié la mort avant de réécrire, quelques semaines plus tard, les limites de ce que l’on croyait humainement possible.
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