Cet été, Midi Libre explore les multiples facettes de l’amour dans les Cévennes. Pour ce premier volet, trois professionnelles du bassin alésien éclairent les effets des vacances sur l’intimité, bien loin des clichés.
Le soleil, les vacances, les corps dévoilés et le temps retrouvé… Dans l’imaginaire collectif, l’été serait la saison idéale pour raviver le désir. Pourtant, sur le terrain, les professionnelles de la sexothérapie dressent un constat bien plus nuancé. Si les congés offrent enfin du temps pour le couple, ils mettent aussi en lumière des difficultés longtemps masquées par le rythme effréné du quotidien.
Pour Éléonore Bereni, sexothérapeute analytique, thérapeute conjugale et hypnothérapeute installée à Alès depuis près de trois ans, le mois d’août est même celui où les consultations explosent. « Les couples se retrouvent enfin H24. Pendant le reste de l’année, le travail, les enfants et les contraintes occupent tout l’espace. En vacances, on se retrouve face à quelqu’un avec qui l’on n’est parfois plus habitué à vivre. » Loin du cliché des vacances réparatrices, cette proximité permanente agit comme un révélateur. « On croit que les vacances vont tout résoudre. En réalité, elles mettent souvent les problèmes sous les projecteurs », résume-t-elle.
Même constat pour Mélody Civardi Morel, praticienne en sexothérapie et psychopraticienne, qui rappelle que le ralentissement du rythme favorise aussi les remises en question. « Quand tout s’arrête, les tensions qui étaient mises entre parenthèses réapparaissent. La communication devient alors essentielle. » À cela s’ajoutent des facteurs très concrets. La chaleur, la fatigue accumulée ou encore la déshydratation peuvent directement influencer la libido. « On parle beaucoup des fantasmes de l’été, mais moins du fait que la chaleur peut diminuer le désir ou favoriser certains troubles, notamment les difficultés d’érection », souligne la jeune thérapeute.
Retrouver la complicité avant de rechercher la performance
Toutes trois mettent en garde contre une pression largement entretenue par les réseaux sociaux et les représentations estivales. « La sexualité n’est pas une performance », insiste Éléonore Bereni. « C’est un immense terrain de jeu pour adultes consentants. Il n’existe pas de normalité, seulement des moments à partager. »
Pour sortir de cette logique de résultat, elle invite les couples à recréer des instants de surprise grâce à un simple « bocal du couple ». Chacun y glisse des idées d’activités à vivre ensemble, tirées au sort chaque semaine. Restaurant, balade ou journée plage : l’objectif est moins l’activité que le plaisir de se retrouver et de se séduire à nouveau.
De son côté, Mélody Civardi Morel recommande d’oser parler de ses envies grâce à des jeux de questions destinés aux couples. « Cela permet d’aborder des sujets parfois difficiles, comme les fantasmes ou les attentes, dans un cadre beaucoup plus léger. »
Se reconnecter au corps plutôt qu’à l’image
L’été accentue également les complexes corporels. Entre maillots de bain et réseaux sociaux, les comparaisons deviennent omniprésentes. « Beaucoup de femmes n’osent plus se montrer à leur partenaire », observe Éléonore Bereni. « Le regard porté sur les autres pendant les vacances peut réveiller un profond manque de confiance en soi. »
Pour Carole Van Bockstaele, infirmière et sexothérapeute à Saint-Christol-lès-Alès, la réponse passe par un retour au réel. « Les réseaux sociaux montrent une image. Le corps, lui, ne ment pas. » Elle propose un exercice simple : consacrer trente minutes à un massage réciproque, sans objectif sexuel. « Le but n’est pas de faire l’amour ensuite, mais simplement de retrouver le plaisir du toucher, d’écouter ses sensations et de redécouvrir le corps de l’autre. »
Trois conseils qui reviennent
Malgré leurs approches différentes, les trois professionnelles convergent sur plusieurs points : prendre du temps à deux sans distraction, communiquer sans reproches et accepter de lâcher prise. « Pour être bien avec l’autre, il faut déjà réussir à être bien avec soi-même », rappelle Éléonore Bereni. Carole Van Bockstaele résume finalement cette philosophie en une question : « Quel couple ai-je envie d’incarner avec cette personne ? »
Une invitation à profiter de l’été, non comme d’une parenthèse parfaite, mais comme d’un moment privilégié pour se retrouver, loin des injonctions et des comparaisons.