De faux courriels annonçant un prétendu abonnement à un service de vidéos sont diffusés depuis samedi.Ce message, qui contient des informations personnelles réelles, renvoie à une plateforme visant en réalité à récupérer des coordonnées de carte bancaire.Comment fonctionne cette arnaque et comment réagir ? TF1info fait le point avec un expert en cybersécurité.

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Un abonnement à un mystérieux service de vidéos, un bouton pour le « gérer »… et le piège peut vite se refermer. Depuis samedi 1ᵉʳ août, des courriels frauduleux ont déferlé dans certaines boîtes mail, prétendant informer sur une « confirmation d’abonnement » et offrant soi-disant la possibilité de revenir sur cette décision. Le message comprend plusieurs informations personnelles bien réelles… mais renvoie vers une fausse plateforme, qui vise à soutirer des données de carte bancaire (nouvelle fenêtre)

Ce courriel évoque un abonnement à un prétendu service, Cellcast Vidéos, dont le « paiement » serait en « cours de traitement ». Une soi-disant offre « Vidéos + Family », facturée « 49,99 euros/an ». « À la suite de votre période d’essai d’un an, nous sommes ravis de vous confirmer votre inscription », est-il écrit dans ce message type, que TF1info a pu consulter. Un texte d’autant plus crédible, en apparence, qu’il comporte le nom et prénom du destinataire, son adresse réelle ainsi que son IBAN. Il propose alors de « gérer (son) abonnement », le « suspendre ou résilier (…) avant le débit à venir ». C’est là que le piège est tendu. 

Des données de carte bancaire réclamées pour annuler un faux abonnement

Une fois qu’il clique sur le bouton, l’internaute est renvoyé vers une plateforme qui prétend annuler le paiement et même rembourser 49,99 euros. Mais pour cela, il lui faut remplir… ses coordonnées complètes de carte bancaire, comme le montrent des témoignages et captures d’écran collectées par le site communautaire Signal Arnaques (nouvelle fenêtre), qui recense les escroqueries en ligne. Il dénombre 170 signalements en trois heures samedi à l’aube, et redoute « des dizaines de milliers » de victimes au total. 

Si ces informations bancaires sont obtenues, les escrocs ont alors la possibilité de mettre la main sur le compte et de le ponctionner, un piège typique des campagnes dites de phishing, ou hameçonnage (nouvelle fenêtre)

Un exemple de courriel frauduleux qui a circulé le 1er août 2026. Il évoque un faux abonnement, mais en fournissant plusieurs informations personnelles réelles : nom et prénom, adresse, mandat SEPA...Un exemple de courriel frauduleux qui a circulé le 1er août 2026. Il évoque un faux abonnement, mais en fournissant plusieurs informations personnelles réelles : nom et prénom, adresse, mandat SEPA… – Montage TF1info

Le procédé lui-même doit en effet « mettre la puce à l’oreille », explique auprès de TF1info Thibaut Hénin, expert judiciaire spécialisé en cybersécurité. « La carte bancaire et le RIB sont deux choses complètement différentes. Le RIB est une adresse donnée à un organisme en joignant la signature d’un mandat, pour permettre à cette entreprise de le faire valoir auprès d’une banque et mettre en place un virement automatique », souligne-t-il. 

Les virements par carte bancaire, eux, représentent « un autre système de paiement parallèle ». « Devoir renseigner le numéro de celle-ci (nouvelle fenêtre) pour annuler un abonnement avec un virement SEPA, cela n’a pas vraiment de sens. Ce serait comme donner un permis de conduire pour annuler une carte d’identité », compare le spécialiste. 

Le nom de vraies sociétés usurpé par de faux domaines

Le prétendu service de streaming est donc faux : il usurpe en partie l’identité de plusieurs vraies entreprises, bien nommées « Cellcast ». On retrouve par exemple sous ce nom une société de télécommunications australienne (cellcast.com/au), ou encore un groupe de diffusion télévisuelle britannique (cellcast.tv). Mais ces courriels frauduleux, eux, renvoient à deux domaines bien différents, selon Signal Arnaques : cellcast-fr.com ou cellcast.fr, tous deux inaccessibles ce dimanche. 

En consultant leurs données d’enregistrement sur le site de l’autorité mondiale de régulation des noms de domaine (ICANN) (nouvelle fenêtre), on constate d’ailleurs que le premier domaine a été créé samedi, tandis que le second n’est déjà plus trouvable dans cette base. Le procédé est semblable à celui d’une campagne de phishing signalée en mars 2025 : elle prétendait déjà annoncer l’activation d’un service « Amazon Prime Family », (nouvelle fenêtre) usurpant là aussi un vrai nom de plateforme. 

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La question est maintenant de savoir comment ces pirates sont parvenus à mettre la main sur ces informations personnelles. Selon les témoignages rassemblés par Signal Arnaques, certaines victimes sont clientes chez les opérateurs Free et Bouygues Télécom, qui avaient fait l’objet de violations de données (nouvelle fenêtre) respectivement en 2024 et 2025. Sans que ce lien ne soit toutefois officiellement confirmé. « On peut éventuellement croiser les informations en se rendant compte que l’on avait utilisé l’adresse qui figure sur le courriel chez un seul fournisseur, par exemple. Mais cela reste des croisements un peu fortuits », note Thibaut Hénin, qui relève que les fournisseurs d’eau et d’électricité utilisent également un RIB pour facturer leurs abonnements. 

Pour l’expert, face aux fuites de données massives des dernières années, il faut surtout « faire le deuil » de l’idée de protéger ses informations personnelles : « une fois qu’une information est publique, on ne peut plus la supprimer », insiste-t-il. Et ces informations peuvent bien ressurgir longtemps après une violation de données, des escrocs revendant les bases piratées à d’autres, y compris des années après l’incident. 

Les bons réflexes face à ce type de courriel

Comment réagir alors face à ce type de courriel frauduleux (nouvelle fenêtre) ? Cliquer sur le lien du message ne représente pas de grands risques en soi, mais « autant ne pas en prendre », conseille Thibaut Hénin. Il suffit donc de supprimer le mail et de rester vigilant, la fuite de votre IBAN ne permettant pas à elle seule aux escrocs de prélever de l’argent. « Ce n’est qu’une coordonnée : tant qu’ils n’ont pas la signature manuscrite sur un mandat, ils n’ont pas la clé pour rentrer dans la maison », illustre l’expert. 

En revanche, si vous avez cliqué sur le lien du courriel et renseigné vos données de carte bancaire, il faut faire opposition sans attendre auprès de votre banque (nouvelle fenêtre). Pour éviter d’en arriver là, des réflexes de précaution sont utiles. Si l’entreprise mentionnée est connue, vous pouvez vérifier directement sur le vrai site de cette dernière si vous avez un compte et un abonnement en cours, comme dans le cas du faux abonnement « Amazon Prime Family » l’an passé. Mais ici, l’existence de plusieurs sociétés sous le nom « Cellcast » peut porter à confusion. 

Dans le doute, le seul levier efficace est de contacter sa banque. « Il faut aller au plus simple ! Si un mouvement suspect a eu lieu, votre conseiller pourra l’annuler tout de suite. Sinon, il restera vigilant et pourra bloquer une éventuelle demande qui arrivera », détaille Thibaut Hénin. Et en amont, lorsqu’une violation de données est signalée par une entreprise dont vous êtes le client, vous pouvez modifier le mot de passe de votre compte pour ces services. Mais une fois que la tentative de phishing a eu lieu, sans certitude sur la source de la fuite, cette modification serait « un effort pour rien », selon l’expert. 

Maëlane LOAËC