Le quotidien est immuable à la ferme du Bourgaou. Les belles Limousines l’imposent. Tôt le matin, il faut commencer par les bichonner et Jérôme grimpe, alors, sur l’un de ses engins pour racler le fumier sur la dalle de l’étable avant de « pailler » (1) pendant que ses « filles », comme il les appelle en souriant, se nourrissent de céréales produites sur l’exploitation. Ces gestes, ce quadra à la carrure de rugbyman, qu’il a été en semi-professionnel et au plus haut niveau amateur, ne les répète pas seulement par pur mécanisme. La passion qui le guide lui renvoie aussi l’image de son père « gravée » en lui.

C’est là, à deux pas de ses vaches, qu’un jour d’été 2015, Alain, 62 ans, s’est donné la mort, dépassé par l’évolution des normes administratives, éprouvé par quelques dettes et désabusé par les perspectives d’une retraite à 650 € par mois après avoir travaillé et cotisé toute sa vie sans compter les heures.

C’est son fils qui l’a découvert à terre. « Depuis, je me bats encore plus pour maintenir cette ferme en vie et surtout pour la mémoire de mon père mais aussi pour celle d’agriculteurs qui ont fait ce geste fatidique, pour les familles qui souffrent de ce drame car je partage cette d…