Une « Onzième folie » qui s’est achevée début février par une série de concerts à l’Olympia alors que sortait son nouvel album, À fleurs de cordes, enregistré avec le guitariste Jean-Félix Lalanne, frère de Francis Lalanne et du réalisateur René Manzor (3615 code Père Noël, la série Les aventures du jeune Indiana Jones). Quand on lui demande s’il lui arrive de se reposer, elle répond : « Je dors peu. Me reposer est synonyme d’écriture. En vacances, je ne pars jamais sans ma guitare et mes cahiers. Dès que je prends un peu de repos, ça veut dire que je commence un nouveau projet parce que j’aurai de nouvelles chansons. C’est ma façon de me relaxer ».
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L’initiateur de cette collaboration, c’est Jean-Félix Lalanne. Lors d’un festival en France, il a fait part de son désir de travailler avec la Québécoise. Ils ont été mis en contact et le courant est tout de suite passé. « Je connaissais Lynda et ses chansons, mais je ne l’avais jamais vue sur scène. J’ai pris artistiquement une claque, avec sa voix, ses textes et ses mélodies », confie-t-il.

Lynda Lemay et Jean-Félix Lalanne signent à deux « À fleur de peau », un album tout en douceur mais au thématiques bien ancrées dans l’époque actuelle. ©Sebastien St-Jean
De son côté la chanteuse était déjà sous le charme de son jeu de guitare depuis longtemps. « Ça m’a intéressé parce que je le connaissais par son frère. Au début de ma vie adulte, j’avais découvert les chansons de Francis Lalanne où j’entendais la guitare de Jean-Félix. C’était un triple album qui s’appelait Lalanne à Pantin », explique la chanteuse qui parle d’un coup de foudre. « Avec lui, on ne peut pas être mieux servi dans l’émotion dans la beauté de la guitare. On se demande comment une guitare peut sortir autant de sons merveilleux. »
À écouter au coin du feu
À l’écoute, ce disque fait énormément de bien. Enfin un peu de quiétude dans le monde de brutes qui nous entoure. Musicalement, il est tout en douceur. « C’est voulu. Quand on décide de faire un album très dépouillé, uniquement à deux guitares, on espère que le résultat va bercer les gens. On veut que ce soit beau et en même temps spontané, que ce ne soit pas la perfection. On veut que ce soit vrai, humain, rassurant, confortable », explique Lynda Lemay.
« On avait envie que les gens aient l’impression qu’on est dans leur salon. Quand ils vont venir nous voir en concert, ils vont voir deux artistes sur scène, sans tricherie. On sera complètement à nu », ajoute Jean-Félix Lalanne.
Avec À fleurs de cordes, le public sera en partie en terrain de connaissance. Le disque est composé de chansons déjà connues extraites du répertoire de Lynda Lemay, comme « De tes rêves à mes rêves », mais entièrement revisitées. Mais aussi de titres inédits. Et, autant cet album est musicalement doux, autant le propos des nouveaux morceaux touche des thèmes bouleversants, parfois même difficiles. C’est le cas sur « Les tapis d’aiguilles ».
« La magie de la musique et de la poésie, c’est d’arriver à transformer ce qui fait mal en beauté »
« C’est l’histoire entre une petite fille de 10 ans et un homme de 40 et tout ce que cela a comme répercussion sur la vie de la fillette. Malheureusement, ce ne sont pas des histoires rares. Je trouve important de chanter cela, de briser des silences qui souvent peuvent être trop lourds. Cette chanson dit des choses qu’on n’a pas l’habitude d’entendre dans les discours de tous les jours ou dans les chansons. Il fallait que je trouve les bons mots, que je sois très précise dans mon choix d’image pour ne heurter personne. La magie de la musique et de la poésie, c’est d’arriver à transformer ce qui fait mal en beauté. Ça rend cette histoire accessible. On se sent moins seul, tout est moins lourd. On n’est pas dans le jugement dans mes chansons. À 23 ans, je disais déjà qu’écrire le malheur, c’est la seule façon de le rendre joli », confie Lynda Lemay.
Cette chanson n’est pas un cas isolé. Avec « La fille de Clément », il est question de la prostitution d’une jeune fille par son père. « Lynda, c’est la seule artiste que je connaisse qui soit capable d’aborder des sujets comme ça, où on se divertit malgré tout. Parce que c’est tellement sincère, tellement juste. On tombe jamais dans l’excès qui va déranger mais elle va susciter un questionnement », insiste Jean-Félix Lalanne.
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Qu’on se rassure, il n’est pas uniquement question d’histoires du genre sur le disque et dans le spectacle à venir. « Mon nouveau nez », par exemple, traite de la chirurgie esthétique de façon très drôle. « C’est ma réflexion sur le fait de changer son apparence, ce que ça peut apporter comme répercussion au cœur d’une famille. Je me suis beaucoup amusée à écrire sur le sujet. Ce n’est certainement pas la dernière chanson que je fais là-dessus. On dédramatise avec de l’humour. Et, au bout de toutes ces histoires, ce qu’on ressent, c’est que la vie, malgré tout, elle est belle et qu’elle vaut la peine d’être vécue », dit Lynda Lemay.
Étonnamment, le disque se termine par un titre qui n’est pas de Lynda Lemay mais de Jean-Félix Lalanne. C’est d’autant plus surprenant que sur la cinquantaine d’albums que le guitariste a enregistrés, il ne figure pas une seule de ses chansons. « C’est une si belle chanson, dit avec affection Lynda Lemay. J’ai eu un vrai coup de cœur quand il me l’a jouée dans la loge au Québec. J’ai dit qu’il devrait la mettre sur l’album qu’on faisait ensemble. »
« J’écris énormément de chansons depuis toujours. J’ai toujours été un petit peu pudique par rapport à ça, confesse Jean-Félix Lalanne. Plusieurs grands artistes qui m’ont aussi donné confiance dans l’écriture des textes, comme Georges Moustaki ou Maxime Le Forestier. Donc, je me suis mis à écrire pour plein d’artistes qui ont enregistré mes chansons. Mais jusque-là, je n’avais jamais franchi le pas de les chanter moi-même. »
En concert au Théâtre Royal de Mons le 9 octobre, à la Sucrerie de Wavre le 10 octobre, et au Forum de Liège le 6 décembre. Infos et rés. : www.ticketmaster.be et https://lasucreriewavre.be/agenda/lemay-lalanne