Il a fallu des mois de travail et un consortium de scientifiques et de journalistes pour découvrir et révéler des données sur les extractions d’uranium en République démocratique du Congo (RDC) complètement passées sous les radars. Selon une étude publiée dans Nature Communications, et dont les coulisses sont racontées dans le Financial Times et Lighthouse reports, entre 2000 et 5000 tonnes d’uranium ont été extraits de mines de RDC entre 2000 et 2024 sans que l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) soit au courant.
L’enquête débute en 2024 lorsque Lighthouse Reports obtient une note interne de l’AIEA datée de 2009 dans laquelle l’auteur écrit qu’il a obtenu des informations crédibles qui laissent penser que « des quantités significatives » d’uranium sont présentes dans le cobalt extrait des mines congolaises. Cette note n’a visiblement jamais été prise en compte et les extractions de cobalt n’ont fait que s’intensifier ces 15 dernières années, afin notamment de produire les batteries des appareils électriques. Moins de 10% de l’uranium extrait a été déclaré et placé sous surveillance internationale, selon les auteurs de l’étude.
L’immense majorité du cobalt attaché à de l’uranium qui quitte le Congo part pour la Chine
Dans les mines du Congo, l’uranium et le cobalt sont naturellement liés. La matière première des recherches sur le nucléaire se colle au minerai et doit en être séparée par un processus chimique délibéré… qui n’a à priori pas lieu sur place. Et la plupart des exportations d’hydroxyde de cobalt – qui doit ensuite être raffiné pour devenir du métal de cobalt – vont vers la Chine, où 95% des raffineries se trouvent.
Si les chercheurs et les journalistes n’ont pas trouvé de preuve d’une décision délibérée de ne pas séparer l’uranium du cobalt avant exportation, ils s’interrogent tout de même sur l’usage qu’il pourrait être fait de l’uranium une fois séparé du cobalt, sous aucune surveillance internationale et experte. « Cette quantité d’uranium non déclarée pourrait être utilisée pour produire des matériaux utiles à la fission pour environ 600 à 1500 armes nucléaires, ou pour faire carburer une centrale nucléaire standard pendant 10 à 25 ans », détaille Sébastien Philippe, spécialiste en sécurité nucléaire et chercheur à l’université de Wisconsin-Madison, dans un communiqué.
Les mineurs et les sols congolais possiblement affectés par les extractions intempestives d’uranium
Selon le Financial Times, le gouvernement congolais s’inquiète de ces révélations et serait en recherche de financement pour installer des détecteurs de radiation pour scanner tous les camions qui quittent le pays, à la recherche de traces élevées d’uranium. Alors que le pays est en proie à une guerre civile et que des massacres y sont régulièrement commis, notamment à l’est, le transport d’uranium non contrôlé fait craindre le pire aux autorités – qu’il tombe entre les mains du M23, le groupe armé qui sévit contre les civils du Nord-Kivu.
Ce manque de rigueur, délibéré ou non, autour de la séparation entre cobalt et uranium pourrait également entraîner des risques pour l’environnement. Les chercheurs estiment qu’entre 1000 et 4000 tonnes d’uranium sont certainement rejetées dans les résidus miniers.
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