Vous souvenez-vous de Bocaprins, cette exoplanète découverte en 2011 grâce à la méthode des transits planétaires par la collaboration Wide Angle Search for Planets (WASP), qui fait intervenir des télescopes automatisés ?

Mais, peut-être la connaissez-vous sous le nom plus prosaïque de WASP-39 b, lorsqu’elle a fait parler d’elle en 2018 quand les astrophysiciens se sont rendu compte qu’elle contenait une quantité substantielle d’eau dans son atmosphère. Bocaprins est une référence à la plage Boca Prins dans le parc national d’Arikok à Aruba, une île néerlandaise de la mer des Caraïbes, située au large des côtes du Venezuela.

WASP-39 b est une exoplanète de type Jupiter chaud que l’on peut observer dans la constellation de la Vierge, à environ 700 années-lumière du Système solaire. D’une masse de 0,28 fois celle de Jupiter et d’un diamètre 1,3 fois supérieur à celui de Jupiter, elle orbite à seulement 0,0486 unité astronomique de son étoile, plus près que Mercure ne l’est de notre Soleil. Elle est donc probablement en rotation synchrone autour de son étoile du fait des forces de marée, lui présentant toujours la même face diurne.

Une vue d'artiste d'une exoplanète. © Nasa
Comment comprendre facilement les exoplanètes et la vie ailleurs grâce à une websérie

L’accès aux sciences, aussi bien pour le grand public que pour les autodidactes courageux, ne cesse de se développer depuis deux décennies. Tout un chacun peut ainsi se former à la connaissance fascinante du monde des exoplanètes, découvrir comment on les détecte et bien d’autres choses encore à leur sujet, comme le montre une playlist du CEA…. Lire la suite

Cette exoplanète de la taille de Saturne a été l’une des premières examinées par le télescope spatial James-Webb (JWST), lorsque celui-ci a commencé ses opérations scientifiques au mois de juillet 2022. Sa proximité a permis de détecter plusieurs molécules dans l’atmosphère de Bocaprins, plus précisément de la vapeur d’eau, du monoxyde de carbone, du sodium et du potassium, mais aussi d’autres dont certaines n’avaient jamais été détectées dans l’atmosphère d’une exoplanète, comme du dioxyde de carbone et du dioxyde de soufre.

Quand un commando norvégien s’oppose aux plans d’armement atomique des nazis, cela donne : la Bataille de l’eau lourde. © IstoireSansHache

L’eau semi-lourde

Aujourd’hui, en août 2026, plus de 8 260 exoplanètes sont connues de la noosphère dans la Voie lactée, comme on peut s’en convaincre en consultant le célèbre site de l’Encyclopédie des planètes extrasolaires, fondé en 1995 par l’astronome Jean Schneider de l’observatoire de Paris. WASP-39 b est de nouveau sur le devant de la scène grâce à des observations du JWST, comme le montre un article en accès libre sur arXiv.

Il se trouve que les instruments du télescope spatial James-Webb ont probablement permis l’identification de la signature spectrale, dans l’infrarouge, de molécules d’eau semi-lourde, ou HDO, dans l’atmosphère de l’exoplanète WASP-39 b. Cette eau exotique, que l’on utilise pour faire fonctionner certains réacteurs sur Terre, contient un atome de deutérium (D) à la place d’un atome d’hydrogène (H) classique, c’est-à-dire un isotope de cet hydrogène dont le noyau comporte un neutron en plus d’un proton. On trouve naturellement aussi sur Terre, notamment dans l’eau de mer, cette molécule exotique d’eau.

Les composants de l'eau étaient déjà présents dans le Système solaire bien avant la formation de la Terre. © Peter Jurik, Adobe Stock
L’eau était présente dans le Système Solaire bien avant la formation de la Terre

Une nouvelle étude vient renforcer l’idée que l’eau de la Terre était déjà disponible dans le disque protoplanétaire, bien avant la formation des planètes du Système solaire…. Lire la suite

Or, il se trouve que la mesure du rapport entre le deutérium et l’hydrogène fournit des indices sur l’histoire de la planète. En l’occurrence, le rapport D/H de WASP-39 b semble nettement supérieur à celui des géantes gazeuses du Système solaire.

Un traceur de l’histoire des exoplanètes

Deux explications principales sont envisagées. La planète pourrait avoir perdu une grande partie de son eau ordinaire par échappement atmosphérique, l’eau semi-lourde étant plus difficile à éjecter dans l’espace du fait de sa masse qui rend moins facile l’évaporation de cette eau dans une atmosphère chauffée.

On pense aussi que comme bien des Jupiters chauds, WASP-39 b a dû migrer en direction de son étoile après s’être formée au-delà de la ligne des glaces de son disque protoplanétaire initial, dans une région naturellement riche en matériaux enrichis en deutérium en raison des basses températures.

Le fait que le JWST soit en mesure de déterminer la présence d’eau semi-lourde et de mesurer le rapport D/H dans l’atmosphère d’une exoplanète est prometteur. Ce rapport peut nous donner des indices sur l’histoire d’autres exoplanètes et nous permettre d’évaluer leur potentiel d’habitabilité. Toutefois, avec une température proche de 1 000 °C, WASP-39 b n’est pas habitable.