À Calorguen (22), près de Dinan, malgré les premières brises marines, le canal d’Ille-et-Rance est encore à l’eau douce et toujours bordé du chemin de halage. À l’approche de l’écluse de Boutron, les promeneurs et cyclotouristes sont accueillis par de mystérieuses sculptures de fer. Autour d’elle, trois maisons éclusières forment un hameau discret. Sur l’une d’elles, une petite enseigne annonce : « Lætitia Lavieville, sculpture sur métal. »
Le Mensuel de Rennes
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Dans l’atelier, morceaux de fer et outils de bricolage s’accumulent. Une chaîne hi-fi tente de se faire entendre sous le bruit des machines. Les cheveux attachés et un tablier protégeant ses vêtements, Lætitia Lavieville s’affaire autour d’un fauteuil sur le point d’être achevé. Derrière ses lunettes rectangulaires, elle prête attention à chaque détail. « Je donne toute mon âme pour mes créations. Je prends le temps de faire des pauses et de bien les regarder », confie-t-elle.
Tous les jours, en vivant ici, je me dis que la vie est belle
Parmi ses œuvres, le « Clin d’œil », sa pièce maîtresse, occupe une place particulière. Ce violon en métal, qu’elle conserve comme une vitrine de son savoir-faire, est le chouchou des visiteurs. Au point que l’artiste a dérogé à sa règle : le caractère unique de ses créations. Face au succès, elle l’a déclinée, sur commande, pour plusieurs clients. Pourtant, rien ne prédestinait l’artiste de 50 ans à travailler le métal. Originaire du nord de la France, elle s’installe à Rennes à 20 ans pour suivre des études d’arts plastiques, sans savoir quelle direction prendre. Après quelques années de réflexion, elle s’oriente « un peu par hasard » vers un apprentissage en métallerie. « J’ai beaucoup réfléchi. C’est passionnant d’être artiste, mais compliqué à gérer d’un point de vue financier. Cependant, je trouve plus d’intérêt à mener cette vie qu’à exercer un métier qui ne m’intéresse pas. »
Laetitia a mis à profit sa formation en métallerie pour façonner ses sculptures. (David Brunet / Le Mensuel de Rennes)Redonner vie aux maisons éclusières
Après quelques années d’exercice dans un atelier du pays de Dinan au début des années 2000, elle postule, en 2013, à un appel d’offres lancé par la région Bretagne. Le but ? Redonner vie aux maisons éclusières du canal. Soutenue par plusieurs élus locaux, sa candidature est retenue. La sculptrice s’installe sur le site en 2014. Et l’écluse va vite devenir sa muse.
Ici, le temps est suspendu pour la créatrice. Le clapotis de l’eau, le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles remplacent le bruit de la ville. « C’est une beauté fantastique, c’est sublime », s’enflamme-t-elle. Cette proximité avec la nature, et sa solitude choisie, nourrissent son travail : « Tous les jours, en vivant ici, je me dis que la vie est belle. C’est un rapport à la vie qui transpire forcément dans mes créations. Pour moi, créer c’est un instinct de survie, une nécessité intérieure. » En douze ans, elle n’a jamais envisagé de partir, mais l’avenir la taraude. Son contrat d’occupation temporaire se termine en 2029. Mais pour l’heure, Lætitia Lavieville continue de faire chanter le métal au rythme de l’écluse.
