« J’ai perdu presque deux kilos parce que je ne pouvais pas m’acheter à manger ». Depuis le début de l’année 2026, les étudiants boursiers de l’école européenne supérieure d’art de Bretagne à Quimper peinent à boucler leurs fins mais aussi leurs débuts de mois. Pour une raison qui leur échappe, les versements n’ont plus lieu aux dates attendues. Cette situation les plonge dans une précarité au quotidien.

« Normalement, la bourse est versée du 27 au 5 du mois. C’était le cas jusqu’à l’an dernier, observe Lény, 21 ans, amaigri de deux kilos. Depuis janvier, les dates varient ». Avec un paiement le 18 février voire 23 février, les étudiants ont dû prendre leur mal en patience. « Je n’ai pas pu payer mon loyer avant-hier [lundi, NDLR]. Mon propriétaire était très énervé ».

« Je me suis endetté auprès de mes grands-parents »

Toutes les dépenses du quotidien sont devenues difficiles à assumer. « L’électricité, le téléphone, le gaz… c’est compliqué, poursuit l’étudiant en troisième année qui perçoit 520 € de bourse pour un loyer de 350 € avec 90 € d’APL. Je me suis endetté auprès de mes grands-parents et j’ai été obligé d’aller aux Restos du cœur ».

Leïla, 20 ans, est en deuxième année. Elle décrit les mêmes galères. « Mes parents m’aident et j’ai pris un petit travail de quelques jours pendant les vacances. Je dois de l’argent ».

Les étudiants déplorent que cette situation ait « un impact » sur leurs études. « Un garçon de première année n’a pas pu acheter de matériel, relatent-ils. Je dois de l’argent aux Beaux-Arts qui m’ont aidé pour le matériel de mon projet ». Les Quimpérois ne sont pas les seuls dans cette situation. Connectés via les réseaux sociaux avec d’autres élèves des Beaux-Arts en France comme à Grenoble (38) ou Lyon (69), ils dressent le même constat. « Nous ne dépendons pas du ministère de l’Éducation nationale mais du ministère de la Culture. J’ai appelé le Crous [Centre régional des œuvres universitaires et scolaires, NDLR] qui gère les versements aux élèves. On nous dit que les versements sont bloqués ou alors on nous dit que c’est un problème avec nos banques ».

Le Crous en lien avec le ministère de la Culture

Contacté, le Cnous (centre national) est au courant de cette situation. Il explique : « Le réseau des Crous est en lien étroit avec le ministère de la Culture afin de prendre en compte ces situations dès que possible. En cas de nécessité, les étudiants concernés peuvent solliciter un rendez-vous avec les assistantes sociales du Crous de Rennes-Bretagne et, selon leur situation, bénéficier d’aides ponctuelles ».

C’est la démarche qu’a d’ores et déjà entreprise Lény. « J’ai contacté une assistante sociale qui m’a donné une carte-cadeau de 150 € » pour un magasin d’alimentation. « J’ai aussi eu le droit à une aide ».

Désormais, les boursiers attendent avec anxiété le mois de mars. « On n’a aucune certitude. On attend de voir si elle sera versée entre le 27 février et le 5 mars ».