Shaï et Djeneba ont bien grandi depuis la formidable websérie Tu préfères, qui, au fil d’épisodes inspirés par leurs discussions d’ados, révéla en 2020 l’incroyable talent de Shirel Nataf et Fanta Kebe, deux collégiennes au bagout majuscule de la place des Fêtes, à Paris. Quel plaisir de retrouver les deux amies (inséparables dans la vie depuis la primaire) dans ce long métrage signé du même tandem, Lise Akoka et Romane Gueret. « Nous connaissons Fanta et Shirel depuis qu’elles ont 11 ans, et notre relation continue à évoluer et à se nourrir en dehors de nos projets. Les regarder grandir, assister à l’éclosion des jeunes femmes qu’elles sont devenues, a fait jaillir de nouvelles thématiques à explorer. Elles sont comme nos petites soeurs… »
Le passage à l’âge adulte, ce moment charnière, est au coeur de cette pépite, qui évoque Nos jours heureux, d’Éric Toledano et Olivier Nakache, et qui a fait l’unanimité au Festival de Cannes en 2025. « C’est un film culte de notre enfance et, par ailleurs, la colonie de vacances est un environnement qui nous est familier pour l’avoir côtoyé enfant avant que l’une de nous y travaille comme animatrice », expliquent les deux réalisatrices. Adeptes d’un cinéma sans artifice, Lise Akoka et Romane Gueret, qui avaient découvert leurs deux comédiennes lors de castings sauvages, n’ont rien changé à leur méthode de travail.
Pour composer le groupe d’enfants que Shaï et Djeneba vont encadrer comme monitrices, elles ont rencontré, sous la forme d’ateliers de paroles, 1 500 enfants pour n’en garder qu’une vingtaine. Et envoyé Shirel et Fanta en stage d’immersion dans une colo ! « Notre plaisir à les filmer et à les diriger est resté intact, et leur talent majuscule continue de nous épater », se réjouissent les deux cinéastes, qui plongent cette fois les deux amies du côté des adultes, même si l’enfance colle encore aux claquettes de Shaï, toujours faussement décontractée, immature et sans filtre, tandis que Djenaba, confrontée depuis longtemps aux manquements d’une mère dysfonctionnelle, a grandi trop vite. Les sujets évoqués ne sont pas forcément légers, mais le traitement n’est jamais pesant.
AMEL BENT EN DIRECTRICE
Parfaitement écrit, à l’affût de la spontanéité des acteurs en herbe, de leur art inné de la tchatche, Ma frère (expression des gamins pour qui le mot n’est pas genré) regorge de fulgurances de grâce, de drôlerie et d’émotion. Les gamins sont tout simplement géniaux. Aux antipodes des clichés trop souvent assignés aux jeunes des quartiers.
Autour des deux héroïnes, les adultes excellent aussi. Notamment une novice, la chanteuse Amel Bent dans le rôle de la directrice de la colo. « Je suis une enfant des colos. Les animateurs étaient le prolongement de l’amour que je recevais chez moi. Je voulais leur rendre hommage avec ce rôle… Je suis rentrée dans l’histoire. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’ai ri à gorge déployée », confiait-elle au magazine Première. « Elle s’est entendue à merveille avec Shirel et Fanta, en qui elle s’est retrouvée au même âge, et avec qui elle a su être tantôt maternante, tantôt d’humeur gamine », se réjouissent les deux réalisatrices, comblées de diriger « la chanteuse qui a bercé et enchanté notre adolescence ».
Ma frère, mardi 4 août à 21h10 sur Canal+