Un sel de lithium a réussi à rendre la mémoire à des souris modèles d’Alzheimer, selon une étude parue en 2025 dans Nature. Une avancée intrigante, mais qui soulève de grandes questions pour l’humain.
Un minéral déjà utilisé depuis des décennies en psychiatrie revient sur le devant de la scène dans la maladie d’Alzheimer. Dans une étude publiée en ligne le 6 août 2025 dans la revue scientifique Nature, une équipe internationale décrit comment un sel particulier, l’orotate de lithium, a permis de restaurer la mémoire de souris présentant une forme expérimentale d’Alzheimer. L’annonce intrigue, car elle suggère qu’un simple ion présent à l’état de trace pourrait influencer le risque de démence.
Les chercheurs montrent d’abord que les concentrations naturelles de lithium chutent très tôt dans le cerveau de personnes avec un trouble cognitif léger, puis chez celles atteintes de la maladie d’Alzheimer. Ils observent ensuite, chez la souris, qu’une diminution d’environ 50 % du lithium dans le cortex préfrontal aggrave les plaques amyloïdes, les enchevêtrements de protéine tau et le déclin de la mémoire. Quand ce déficit est corrigé avec de l’orotate de lithium Alzheimer souris mémoire, les performances cognitives remontent, ce qui donne envie d’y croire tout en soulevant la question : est-ce transposable à l’être humain ?
Lithium et Alzheimer : un déficit qui apparaît très tôt
Selon les Instituts nationaux de la santé des Etats-Unis (NIH), qui ont résumé ces travaux en septembre 2025, l’équipe a analysé après le décès des échantillons de cortex préfrontal et de sang provenant de personnes indemnes, avec trouble cognitif léger puis avec maladie d’Alzheimer. Grâce à la spectrométrie de masse à plasma induit (ICP-MS), les auteurs ont mesuré 27 métaux et montré que le lithium est le seul à diminuer nettement dès les stades précoces. Une partie de ce métal est capturée par les plaques amyloïdes, ce qui en laisse moins disponible pour les neurones et les synapses. Comme le lithium module des enzymes clés de la plasticité cérébrale, dont GSK3β impliquée dans la phosphorylation de la protéine tau, ce déficit pourrait contribuer au déclenchement et à la progression de la maladie.
Orotate de lithium : le sel qui échappe aux plaques amyloïdes
L’orotate de lithium est un sel dans lequel l’ion lithium est associé à l’acide orotique, alors que le carbonate de lithium reste la forme médicamenteuse classique en psychiatrie. Dans l’article scientifique que l’on peut traduire par Carence en lithium et début de la maladie d’Alzheimer, les chercheurs ont comparé 16 sels de lithium chez la souris et constaté que l’orotate se liait beaucoup moins aux plaques amyloïdes que le carbonate. Chez des animaux modifiés pour développer des dépôts d’amyloïde bêta et de protéine tau, corriger la baisse d’environ 50 % du lithium cortical avec de l’orotate a réduit la pathologie, normalisé en partie l’activation de la microglie et l’inflammation, et amélioré les performances de mémoire, là où le carbonate restait peu efficace. Des analyses de séquençage ARN noyau par noyau (snRNA-seq) ont confirmé un effet sur plusieurs réseaux de gènes impliqués dans GSK3β.
Orotate de lithium et prévention d’Alzheimer : ce qu’il ne faut pas faire
Tout cela reste de la recherche préclinique : les résultats ont été obtenus chez la souris, avec des doses et des durées contrôlées, et aucune étude n’a montré qu’un sel de lithium prévenait ou traitait la maladie d’Alzheimer chez l’humain. Les auteurs soulignent la nécessité de définir une dose à la fois sûre et efficace avant d’envisager un essai clinique. Le carbonate de lithium utilisé en psychiatrie peut déjà abîmer les reins, dérégler la thyroïde et interagir avec de nombreux médicaments. Dans ce contexte, se procurer de l’orotate de lithium en complément alimentaire sur internet pour soi ou pour un proche ayant un trouble cognitif léger (MCI) n’est pas anodin. Toute prise éventuelle de lithium, quelle qu’en soit la forme, devrait être discutée avec un médecin, par exemple dans une consultation mémoire, en même temps que les autres mesures validées de prévention vasculaire, cognitive et sociale.