L’éleveur, cependant, avait prévu des abreuvoirs automatiques, mais quand les agents vérifient, « pas un ne fonctionne ».
Bref, le contrôle commence à peine et l’exploitant reconnaît déjà que les animaux « n’ont plus reçu à boire […] depuis la veille au matin ».
« J’ai enfin eu le sentiment d’être écouté par la justice » : un policier voit sa carrière brisée après une intervention« Tas de fumier »
L’inspection se poursuit dans l’étable et là, au fond, les contrôleurs découvrent, « sur un tas de fumier », la carcasse d’un bovin « mort depuis deux jours » et, se pressant contre ses flancs, deux petits veaux.
La réglementation, très stricte, oblige à faire appel à une entreprise spécialisée. Mais après 48 heures, l’exploitant affirme « n’avoir pas encore eu le temps ».
Inspecteur au Bien-être animal, on se doit d’avoir le cœur bien accroché.
Toujours dans l’étable, ils découvrent à présent des cages en plastique. Des cages basses, hautes de dix-huit centimètres. Dans l’une d’elles, un petit renard « est roulé en boule sur lui-même ».
Le fermier, qui ne détient pas d’autorisation, explique l’avoir recueilli « pour le soigner ». Pour le soigner ?
Le renardeau est « laissé sans eau » dans la cage « trop basse pour se tenir sur ses pattes ».
Dans une autre, une chatte et quatre chatons, dont un mort. Encore une fois, pas une goutte d’eau.
L’estomac soulevé par la charogne qui pourrit dans le fumier, les inspecteurs délaissent l’étable et, poursuivant le contrôle, découvrent, sur le côté du bâtiment, un deuxième cadavre. Depuis quand celui-là se trouve-t-il là ? Réponse dans le PV : « (L’exploitant) ne peut ni dater le décès de l’animal, ni indiquer le nombre de cadavres présents sur l’exploitation « .
Les inspecteurs ne sont pas encore au bout de leur peine. Ils font la découverte de deux charognes, l’une d’elles, écrivent-ils, « dans une brouette métallique remplie d’eau de pluie ».
D’autres carcasses de bovin sont encore découvertes. À « la quantité d’ossements », les enquêteurs évaluent leur nombre à « sept ou huit au total ».
Tripatouillages, incohérences, fouille inexistante… : des dérapages d’enquête pointés dans une disparition d’adolescente« Par la queue »
Dans l’urgence, il faut sauver ce qui peut l’être, à commencer par le petit renard, la chatte et les chatons. La chatte s’étant entre-temps éclipsée, les trois petits, en piteux état mais en vie, sont remis dans la cage de façon à attirer la mère. Quand enfin celle-ci s’approche, les agents, choqués, regardent l’exploitant l’attraper « violemment par la queue » et la jeter sans manière « dans leur direction ».
Dans le rapport d’intervention, on lit encore que l’exploitant aurait tenu des « propos désobligeants » à l’encontre des policiers qui assistaient à l’intervention.
Les chats sont examinés par un vétérinaire assermenté. Selon lui, ils « étaient tous malades ».
Et le renardeau est mort, lui, peu après, en dépit des soins prodigués par le Centre Creaves (Centre de revalidation des espèces animales vivant à l’état sauvage) de Namur.
« L’appelant n’a jamais été identifié » : 26 ans après, l’ombre d’un meurtrier en liberté sur l’E411« L’appétit des mâles »
Invité à s’expliquer, l’exploitant répond que les chats et le renard étaient laissés sans eau parce qu’à quoi bon, « de toute façon, ils gaspillaient l’eau plus qu’ils ne buvaient ».
Il avait disposé des planches sur la cage des chats. C’était, explique-t-il, afin de « les protéger du piétinement des bovins » et de « l’appétit des mâles ».
Le renard était affamé ? « Bizarre ! répond-il. Je lui donnais pourtant de la viande en boîte […], une cuiller de viande écrasée cinq fois par jour. »
L’exploitant a étrangement cherché à récupérer les chats, la mère et les trois petits en vie, jusqu’à engager un cabinet d’avocats spécialisé dans le secteur agricole.
Les récupérer, mais dans quel but, vu la façon dont il les soignait ? On s’interroge encore.
Toujours est-il qu’il s’est heurté à un refus net et catégorique, au motif qu’il n’offrait « pas de garantie suffisante pour le bien-être des animaux et ne leur procurait ni un lieu d’hébergement ni les soins correspondant à leurs besoins ».
1718
Encore que loin d’être isolé, c’est l’un des pires dossiers de l’Unité du Bien-être animal de la Région wallonne, cette unité d’investigation spécialisée qui contrôle les élevages, les refuges, les parcs zoologiques, les abattoirs et intervient aussi chez les particuliers.
Bon à savoir alors que les vagues de canicule qui font souffrir la nature et les animaux se succèdent depuis le 17 juin : en cas de négligence ou de maltraitance, un signalement peut être fait auprès du service régional (via le numéro 1718 ou par email à ubea.dgarne@spw.wallonie.be).