Comme souvent, Castellucci cherche moins à raconter l’histoire qu’à l’illustrer. Plutôt que de travailler en profondeur la caractérisation des personnages, il compose des tableaux, tantôt d’une beauté soufflante oscillant entre poésie profane et références christiques, et tantôt plus anecdotiques voire même légèrement humoristiques. Avec, il est vrai, quelque quatre heures de musique, pas possible de rester à un niveau constant d’inspiration ou d’originalité. Les habitués du travail de l’Italien ne s’étonneront donc pas de retrouver ici quelques éléments signatures de l’Italien, comme ce travail sur les corps (et particulièrement celui de saint François), la présence de sang, les éléments (terre, eau et feu – le vent est plus difficile à montrer mais il est bien sûr dans la musique) et les inévitables animaux : un chien-loup (celui de Gubbio bien sûr), un paon, un petit troupeau de moutons et une pluie d’oiseaux (faux) qui tombent morts pendant le prêche que leur adresse François.
Classissimo fête ses 20 ans !Mur de pierre
L’œuvre est donnée dans le Manège des Rochers, avec son spectaculaire mur de pierre qui suffit à faire décor même si ses ouvertures restent occultées. Il y a peu d’autres décors à proprement parler, sinon de grandes photos, et quelques accessoires parfois inattendus comme ces grands fours à pain professionnels : on verra, au premier acte, les moines pétrir quelques dizaines de grands pains et les enfourner, une bonne odeur de pain frais emplissant peu à peu la salle ensuite jusqu’à l’entracte.
De quoi nourrir les nécessiteux ? Pas sûr… Soucieux d’offrir à ses spectateurs un mode de consommation en harmonie avec les valeurs du héros du jour, le Festival leur propose de venir au réfectoire du personnel pendant les entractes (deux fois une heure !) pour un repas collectif autour d’une table commune, avec un menu spécialement pensé pour l’occasion (végétarien ou non), comprenant notamment le pain en question (avec huile d’olive et sel) et facturé… 65€. Pas vraiment la soupe populaire, mais pas grand-chose sans doute pour des spectateurs qui ont payé leur billet jusque 365€. C’est que, même avec plus de musique (2500 pages de partitions) et plus d’instruments, Messiaen est tarifé moins cher à Salzbourg que Mozart, Strauss ou Bizet, dont les prix tutoient les 485€.
Moins politique que celui de Sellars, ce Saint François d’Assise est assurément séduisant, visuellement mais aussi musicalement. Avec, dans la fosse mais aussi sur trois terrasses aménagées dans la salle, les nombreuses percussions mais aussi les trois Ondes Martenot qui donnent à l’œuvre – et particulièrement au chant de l’Ange – ses couleurs célestes. Le jeune chef français Maxime Pascal dirige avec rigueur et précision un Philharmonique de Vienne idéal de grandeur et de pureté, avec aussi (hors scène) les chœurs de l’Opéra de Vienne. Et, d’excellents solistes, tout particulièrement le François éblouissant de Philippe Sly, baryton canadien francophone au chant clair, expressif et toujours intelligible, mais capable aussi de résister à tout ce que Castellucci fait endurer à son personnage, ainsi que l’Ange tour à tour puissant et diaphane de Lauranne Oliva.
Salzbourg, Felsenreitschule, jusqu’au 23 août ; www.salzburgerfestspiele.at