Les médecins généralistes de la Plaine orientale Sud ont décidé de porter leurs inquiétudes jusqu’au ministère de la Santé. Dans une lettre adressée ce mardi 5 août à la ministre, avec copie à l’Agence régionale de santé de Corse, ils demandent la création urgente d’une véritable structure hospitalière de proximité, disposant notamment d’un accueil des urgences fonctionnant 24 heures sur 24.

À l’initiative de cette démarche, le docteur François Benedetti estime que les conditions actuelles de prise en charge ne permettent plus de répondre correctement aux besoins de la population.

75 % de la population rurale de Corse est en Plaine

« La Plaine orientale Sud représente près de 75 % de la population rurale de Corse, soit environ 25 000 habitants, sans compter l’explosion démographique de la période estivale. Pourtant, notre territoire ne bénéficie toujours pas d’une offre hospitalière comparable à celle des autres bassins de vie de l’île », souligne le médecin.

Dans leur courrier, les praticiens rappellent que Calvi, Corte, Bonifacio ou Sartène disposent d’hôpitaux de proximité, tandis que Porto-Vecchio bénéficie d’une clinique privée. En Plaine orientale, la structure récemment ouverte seulement trois jours par semaine demeure, selon eux, insuffisante.

« Il s’agit essentiellement de soins programmés. Cela ne répond pas aux situations graves auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement », insiste le docteur Benedetti.

Des orientations jugées dangereuses

Les médecins s’inquiètent notamment des nouvelles règles encadrant l’accès aux urgences du centre hospitalier de Bastia. Ils considèrent que leur application est parfois trop stricte et mal adaptée aux réalités géographiques de la Plaine orientale.

La régulation médicale orienterait ainsi régulièrement des patients vers Corte, alors même que certains services spécialisés n’y sont pas disponibles. La lettre cite plusieurs exemples : suspicions d’endocardite, urgences chirurgicales orthopédiques ou digestives, urgences neurologiques ou neurochirurgicales, mais aussi patients souffrant de pathologies lourdes.

« Nous voyons des patients être adressés vers des établissements qui ne disposent pas toujours du plateau technique nécessaire. Cela entraîne une perte de temps et parfois une nouvelle réorientation. En matière d’urgence, chaque minute peut compter », alerte François Benedetti.

Les signataires affirment également que le déplacement du véhicule médicalisé du Smur de Ghisonaccia serait parfois limité au maximum. Dans certaines situations, les sapeurs-pompiers ou même les familles seraient invités à assurer eux-mêmes le transport vers Corte ou Porto-Vecchio, à au moins une heure de route.

« On ne peut pas demander aux familles d’assumer seules le transport d’un patient potentiellement grave. Ce n’est satisfaisant ni sur le plan médical ni sur le plan humain », poursuit le généraliste.

Une revendication ancienne

Pour les médecins, la mauvaise orientation des patients peut avoir de lourdes conséquences. Ils craignent aussi que les jeunes urgentistes, en appliquant une réglementation qu’ils jugent inadaptée au territoire, puissent se retrouver exposés à des risques médico-légaux.

La demande d’une structure hospitalière en Plaine orientale n’est pas nouvelle. Les professionnels rappellent que leurs revendications remontent à 2008, avec la création du Smur, d’une antenne d’urgence puis l’obtention d’équipements d’imagerie, notamment un scanner et une IRM issus d’investissements privés.

« Des avancées ont été obtenues, mais elles restent dispersées. Aujourd’hui, il faut franchir une nouvelle étape et bâtir une organisation cohérente, pérenne et accessible jour et nuit », estime le docteur Benedetti.

Une « égalité réelle d’accès aux soins »

Les médecins demandent désormais à la ministre de réunir rapidement les organismes compétents afin d’engager la programmation d’un véritable établissement de proximité.

« Les professionnels de santé, les élus et la population attendent une réponse concrète. La Plaine orientale ne demande pas un privilège, mais simplement une égalité réelle d’accès aux soins », conclut François Benedetti.