Par
Rédaction La République de Seine et Marne
Publié le
5 août 2026 à 17h30
Un burger de temps en temps n’est pas forcément synonyme de catastrophe. Ce qui alarme le Dr Pierre Vladimir Ennezat, cardiologue au CHU Mondor et à l’hôpital de Fontainebleau (Seine-et-Marne), c’est la composition globale du repas qui pose problème.
« Si cela se limitait juste au sandwich, cela ne poserait pas autant de problèmes », explique-t-il. Selon lui, remplacer les sodas par de l’eau et faire l’impasse sur les frites et le dessert constituerait déjà « une victoire considérable ».
Le véritable danger réside dans l’accumulation des produits riches en sucres et en graisses. « Quand le repas se termine par une glace, on atteint plusieurs dizaines de morceaux de sucre associés à une quantité importante de graisse. »
Cette combinaison entraîne une forte sécrétion d’insuline qui, répétée au fil des repas, dérègle progressivement l’organisme. « Avec la répétition des fast-foods, on favorise une stéatose, c’est-à-dire une accumulation de graisse dans le foie, mais aussi autour des organes et des viscères » Ce phénomène peut évoluer vers « un hyperinsulinisme, puis l’obésité, un prédiabète et enfin un diabète ».
L’aspect physique remis en question
Contrairement aux idées reçues, les effets d’une alimentation déséquilibrée ne sont pas toujours visibles. « Même si cela ne se voit pas, certaines personnes sont minces physiquement mais grosses intérieurement. Elles sont métaboliquement malades », souligne le cardiologue. Autrement dit, afficher un poids normal ne protège pas forcément des complications. « L’IMC n’est pas étroitement corrélé aux troubles métaboliques », rappelle-t-il.
Autre conséquence souvent sous-estimée : ces aliments ne procurent pas de véritable sensation de satiété. « Quelques heures après, on ressent déjà de nouveau la faim ». Pour le spécialiste, le problème est double. D’un côté, le risque métabolique avec le diabète. De l’autre, un impact neurologique. « L’absence de satiété pousse à consommer davantage pour activer les circuits de récompense du cerveau ».
À long terme, cette alimentation favorise également les maladies bucco-dentaires, une dégradation de la santé mentale et une baisse des performances physiques. « Vous allez perdre dix à quinze ans de vie en bonne santé », alerte le cardiologue.
Quand manger abîme plus qu’il ne nourrit
Pour le Dr Ennezat, réduire le débat au simple comptage des calories est une erreur. « Ce ne sont pas les calories le problème, c’est la toxicité des aliments ». Il prend un exemple parlant : « Sept cents calories de carottes et sept cents calories de sucre, ce n’est pas du tout la même chose ». Cette consommation excessive de fast-food aurait pour conséquence une perte de « dix à quinze ans de vie en bonne santé ». Même la pratique d’une activité physique ne suffit pas à compenser. « Quand on prend du poison, le sport ne permet que partiellement de résoudre le problème. Les performances sportives vont même diminuer ». Une réalité qui explique pourquoi « les sportifs de haut niveau ont une alimentation très surveillée ». Le médecin regrette également une uniformisation des habitudes alimentaires.
Ce ne sont pas les calories le problème, c’est la toxicité des aliments.
Pierre Vladimir Ennezat, cardiologue
« Les enfants comme les adultes recherchent une nourriture toujours identique, pauvre en découvertes et en saveurs ». Selon lui, cette évolution appauvrit la richesse culinaire et favorise la consommation d’aliments ultratransformés. Quant à l’argument du prix ou de la convivialité, il le relativise. « Très souvent, la consommation de fast-food est solitaire, rapide et éphémère. » À l’inverse, « faire les courses et cuisiner ensemble permet de partager davantage de temps ».
Sur le plan économique aussi, « on s’en sort mieux en transformant de vrais aliments », même si cela demande davantage d’organisation.
Émilie KANHONOU
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