Pas de panique : les calculs sont formels, l’astéroïde 99942 Apophis ne s’écrasera pas sur Terre. Cet objet céleste de 370 mètres de long devrait passer dans l’orbite de notre planète, à quelques 32 000 kilomètres de nous en avril 2029. Mais les scientifiques ont imaginé toutes les possibilités et assurent que les humains ne sont pas mis en danger par cette présence dans notre atmosphère. En revanche, les actions humaines vont peut-être avoir des effets sur l’astéroïde.
Dans un article publié dans la revue The Planetary Science Journal, deux chercheurs italiens révèlent qu’il existe une possibilité selon laquelle l’astéroïde Apophis rencontre des obstacles sur sa trajectoire aux abords de la Terre. Et ces obstacles sont une conséquence directe de l’activité humaine puisqu’il s’agit des débris spatiaux issus des différentes opérations menées dans l’espace depuis les années 1950, des propulseurs de fusée aux satellites hors d’usage.
Les débris spatiaux rendent le passage d’un astéroïde dans l’orbite terrestre plus délicat
En théorie, le passage d’Apophis aussi proche de notre planète est censé nous donner des informations importantes sur la manière dont agissent et réagissent les astéroïdes. En effet, la force gravitationnelle de la Terre risque d’altérer le mouvement d’Apophis, voire sa surface. Et cela pourrait permettre aux vaisseaux spatiaux de l’ESA et de la NASA, chargés de suivre la trajectoire d’Apophis, de voir de quoi il est composé. Ces observations ne seront peut-être pas possibles si l’astéroïde entre en collision avec un débris spatial en amont.
Les risques d’une telle collision se concentrent dans la zone d’orbite géosynchrone (GEO), l’espace autour de la Terre étendu sur des dizaines de milliers de kilomètres. Or, les débris spatiaux sont beaucoup plus proches de notre planète que cela. Vérifier qu’Apophis ne les croiserait pas était donc censé n’être qu’une formalité. « J’ai été frappé qu’il existe une possibilité de voir des objets s’approcher à seulement quelques kilomètres de l’astéroïde », explique Alessandro Rossi, l’un des auteurs de l’étude, à Science Alert.
Les analyses d’Apophis pourraient être compromises à son passage près de la Terre
En 2019, la NASA avait déjà modélisé la trajectoire de l’astéroïde au regard des différents satellites en orbite autour de la Terre. Aucune menace n’avait alors été soulevée. En modélisant plusieurs scénarios à partir de la trajectoire d’Apophis et de la présence de milliers de débris spatiaux, les chercheurs italiens ont, cette fois, dû se rendre à l’évidence : l’astéroïde pourrait être frappé par un déchet. Et cela rendrait l’observation scientifique beaucoup plus hasardeuse.
Un débris spatial en orbite ne devrait absolument pas changer la trajectoire d’Apophis. Au pire, il causerait un petit cratère à sa surface ou un échappement de matière. Mais les missions chargées d’analyser cette roche céleste auraient alors plus de mal à tirer des conclusions de ce passage proche de la Terre, notamment sur les effets du champ gravitationnel de celle-ci sur les astéroïdes.
« Dans les prochaines années, de nouveaux télescopes de surveillance vont être lancés par le système de surveillance de l’espace et de suivi des objets en orbite européen (EU SST) », explique Alessandro Rossi. Puis de reprendre : « Ils seront justement utilisés pour améliorer nos connaissances autour de la présence d’objets dans le haut orbite de la Terre. » Des connaissances qu’il faudrait, au mieux, acquérir d’ici avril 2029.