« Cloclo chantait la Ferme du Bonheur. Là, c’était la Ferme de l’Horreur » : plongée dans l’un des dossiers les plus sordides du Bien-être animalSix coups de feu, une douille
Immeuble à appartements de 4 étages, avec un lavoir au rez. Les coups de feu avaient traversé la porte d’entrée, 4 terminant dans le hall et le mur de gauche, deux dans les escaliers. Une douille cependant, une seule, avait été retrouvée. Aucune trace de sang par contre, et personne n’avait été blessé. Des sept locataires, trois avaient entendu des bruits « entre minuit et 1 h 30 », qui leur avaient fait penser « à des pétards ». Les caméras ne montraient rien de particulier à l’heure indiquée entre minuit et 1 h 30. Mais à 5 h 46, une Audi s’était arrêtée, un individu était monté à la place passagère et le film vidéo le montrait sortir la tête et tendre un bras en direction de l’immeuble. L’Audi A6 aussitôt signalée était retrouvée chaussée de Louvain à Saint-Josse. Deux femmes étaient interpellées au moment de monter à bord. L’une d’elles s’appelle Ana.

Les coups de feu ont traversé la porte d’entrée, quatre terminant dans le hall et le mur de gauche. ©DRSite web pour adultes
Roumaine, 27 ans et escort-girl, Ana trouve sa clientèle sur un site web pour adultes, le site Quartier Rouge qui, à l’en croire, propose « des tonnes de filles sexy pour des plans cul sans tracas ». Ayant fait savoir que l’Audi ne lui appartient pas, Ana désigne un compatriote, Andreï qui, dit-elle, est juste reparti pour Constanta, « je ne sais pas pourquoi ». Chez le Roumain, à Molenbeek, les enquêteurs saisissent un pistolet d’alarme Luger de 9 mm, une cartouche et 68 munitions à blanc. Interpellé trois mois plus tard, le 25 juillet, Andreï explique qu’il travaille « comme chauffeur de taxi à Bruxelles et dans le bâtiment en Roumanie ». La juge le place sous mandat d’arrêt. Pour le parquet, tirer six coups de feu dans la porte d’un immeuble d’habitation constitue une tentative d’assassinat, même sans victime ni trace de sang, dès l’instant où les tirs ont été effectués à hauteur d’homme et pouvaient causer des blessures, même mortelles, à qui se trouvait sur les trajectoires.
A priori, le propriétaire de l’immeuble ne voyait lui aucun lien avec des Roumains, son seul locataire « pouvant poser problème (pour avoir été impliqué dans des trafics de drogue) », n’étant pas de cette nationalité.
Une autre histoire
Ana et Andreï racontent une autre histoire. À 5 h 46, Ana venait rechercher Andreï qui sortait du Magic, un bar situé juste en face, de l’autre côté de la rue, à vingt mètres du 393 où les coups de feu ont été tirés. Pour eux, il ne s’est rien passé, absolument rien. Andreï s’asseyant à la place passagère, « s’appuyant contre la portière », a tout simplement passé la tête hors de l’habitacle et tendu le bras droit en direction de l’immeuble. Il est en « position relax » dit-il, et « au bout de mon bras, il n’y a rien, pas d’arme en tout cas. »
En tout cas, l’explication était cohérente. Ana devant déposer Andreï chez lui, boulevard Mettewie, il fallait qu’elle le charge de ce côté-là de la chaussée de Ninove.
« J’ai enfin eu le sentiment d’être écouté par la justice » : un policier voit sa carrière brisée après une interventionLes experts INCC
Qu’allaient dire les experts ? Y avait-il, ou non, de la poudre à l’intérieur de l’Audi A6 ? Si Andreï portait un objet en main, pouvaient-ils l’identifier. Au départ du film vidéo, pouvait-on déterminer si des coups de feu avaient été tirés ?
L’INCC a déposé trois rapports d’expertise. Que lit-on ? « Des particules de poudre ont été identifiées (…) mais le risque d’une contamination fortuite ne peut être exclu ». Ensuite, « il n’est pas possible d’aider à dire si le véhicule est ou non impliqué (…). Le soutien à l’hypothèse selon laquelle un ou des tirs ont été effectués depuis l’Audi est modéré. » Ensuite, quant à l’analyse des images : « La présence d’un nuage de fumée est très claire, mais il n’est pas possible de définir s’il provient d’un tir ou d’une expiration de fumée provenant d’une cigarette ». Pour l’INCC enfin, « une arme de poing (…) est possible, mais aussi un GSM, ou un autre objet « . Autrement dit, rien de concluant, dans un sens ou l’autre.
« L’appelant n’a jamais été identifié » : 26 ans après, l’ombre d’un meurtrier en liberté sur l’E41112 minutes chrono
En 12 minutes, cependant, la procureure réclamait, elle, 15 ans ferme. Douze minutes ! Le temps pour répondre à trois ou quatre mails en retard suffisait pour souhaiter qu’un homme soit détenu, jusqu’en 2040.
Au final, le tribunal a conclu à l’acquittement. On ne saura probablement jamais qui a vidé un chargeur et fait un carton dans cette porte. La fusillade, comme beaucoup, risque de rester non élucidée.

La fusillade a eu lieu à hauteur du 393 chaussée de Ninove à Anderlecht. ©DR