Les astéroïdes, bien que moins spectaculaires que les comètes, sont tout aussi fascinants, car ils conservent également la mémoire de la physique et de la chimie à l’origine de la formation des planètes du Système solaire, d’abord par l’effondrement gravitationnel d’un nuage de gaz et de poussière, puis par les collisions suivies de fusions ou de fragmentations entre ces astéroïdes, qui vont faire apparaître et croître les planètes par une sorte de processus boule de neige.
La noosphère n’a ouvert la porte du monde des astéroïdes que depuis deux siècles environ et l’on sait désormais qu’ils sont tout à la fois une mémoire de la formation et de l’évolution du Système solaire et un risque mortel pour la biosphère. On savait que l’observatoire Vera-Rubin allait multiplier les découvertes à leur sujet et c’est bien le cas !… Lire la suite
Les astronomes les étudient de plus en plus pour comprendre la naissance du Système solaire, que ce soit avec des télescopes au sol ou avec des missions spatiales. Certains croisent de plus l’orbite terrestre et sont donc potentiellement dangereux, la majorité se trouve dans une ceinture située entre Mars et Jupiter.
Une équipe vient de faire une découverte étonnante et inédite en réalisant des observations de l’astéroïde (44) Nysa, qui se trouve sur le bord interne de la ceinture d’astéroïdes, comme l’explique un communiqué de l’ESO.
Cette vue d’artiste, basée sur les observations détaillées d’une sonde spatiale, montre l’étrange forme, semblable à celle d’une cacahuète, de l’astéroïde Itokawa. Des mesures extrêmement précises et effectuées à intervalles de temps réguliers au moyen du New Technology Telescope de l’ESO ont permis à une équipe d’astronomes de découvrir les différences de densité qui caractérisent les différentes zones de cet astéroïde. Découvrir ce qui se cache sous la surface des astéroïdes ne renseigne pas uniquement sur leur processus de formation, mais également sur les effets de leurs collisions avec d’autres corps du Système Solaire, et donc sur la formation des planètes. © Jaxa, ESO, L. Calçada-M. Kornmesser-Nick Risinger (skysurvey.org)
Une découverte grâce à l’optique adaptative
Les planétologues ont pris plusieurs images de l’astre en utilisant l’instrument Sphere, installé sur le Very Large Telescope de l’ESO, au Chili, ainsi que SHARK-VIS, un instrument de l’Institut national italien d’astrophysique installé sur le Large Binocular Telescope, aux États-Unis. Comme l’explique un article exposant la découverte à son sujet et que l’on peut consulter en accès libre sur arXiv, les deux télescopes permettaient d’utiliser de l’optique adaptative.

Pratiquez les bases de l’astronomie observationnelle professionnelle avec C2PU
Depuis quelques années, l’Observatoire de la Côte d’Azur (OCA) rend disponible sur dossier la formation du module d’astronomie observationnelle de son master d’astrophysique en distanciel. Toute personne ayant acquis des connaissances correspondant à un niveau Bac+3 scientifique, avec de la physique et des mathématiques, peut candidater avec in fine la possibilité d’utiliser un des télescopes de 1 mètre de l’OCA pour étudier les astéroïdes, les galaxies et même les exoplanètes, et bien d’autres objets astrophysiques encore. La formation débouche sur un DUAO (Diplôme universitaire d’astronomie observationnelle) attestant de certaines connaissances générales en astronomie ainsi que de compétences pour utiliser des outils de base de l’astrophysique observationnelle professionnelle. Ce 30 juin 2026 s’ouvre les inscriptions pour une nouvelle cession. La date limite d’inscription est fixée au 15 septembre 2026…. Lire la suite
Ceux qui ont par exemple suivi les cours du DUAO de l’Observatoire de la Côte d’Azur savent que la turbulence atmosphérique déforme les images qu’un télescope peut prendre sur Terre, réduisant son pouvoir de résolution théorique en pratique. On sait toutefois regagner du pouvoir pour obtenir des images plus précises et plus nettes en déformant en permanence l’un des miroirs des télescopes en fonction de l’état de turbulence de l’atmosphère que l’on peut sonder avec des lasers.
Le saviez-vous ?
L’astronome japonais Kiyotsugu Hirayama (1874–1943) est le premier à théoriser la notion de famille d’astéroïdes en 1918, suite à ses études de 790 de ces petits corps. Ils possèdent en effet des orbites très voisines dans la Ceinture principale d’astéroïdes. Plus tard, les observations des couleurs de leurs surfaces ont suggéré qu’ils provenaient de la fragmentation d’un corps source commun. De son temps, Hirayama avait identifié les trois premières familles qu’il a nommées d’après leurs membres de plus petit numéro : Coronis (13 membres identifiés), Éos (19) et Thémis (22). L’une des plus grandes familles est la famille Flora, qui comprend environ 400 membres identifiés.
On savait déjà que les astéroïdes pouvaient avoir des formes et des dimensions très diverses et, au cours des précédentes décennies, on avait découvert plusieurs d’entre eux clairement nés d’une fusion douce de deux corps en raison de leur structure en deux lobes. L’exemple le plus connu à cet égard est probablement le cas de l’astéroïde (25143) Itokawa, un membre de la famille des astéroïdes Apollon découvert en 1998 et nommé en l’honneur de Hideo Itokawa, considéré comme le « père » de l’astronautique japonaise.

L’intérieur de l’astéroïde Itokawa révélé grâce à l’effet YORP
Pour la première fois, il a été possible de déterminer de façon assez précise les variations de densité de matière à l’intérieur d’un astéroïde. Il s’agit de (25143) Itokawa. Les données accréditent l’idée qu’il s’est formé à la suite de la collision de deux astéroïdes, plus petits et de compositions différentes, qui auraient fusionné. Voilà de quoi contraindre les modèles d’accrétion expliquant la formation du Système solaire et mieux préparer des missions destinées à dévier ou exploiter des astéroïdes…. Lire la suite
(44) Nysa est aussi membre d’une famille d’astéroïdes éponyme nommée en référence à Nysa, le lieu de naissance mythique du dieu grec Dionysos, associé au théâtre et aux masques.
Cette vidéo présente différents angles d’un astéroïde très particulier nommé (44) Nysa. Les astéroïdes sont des vestiges de la formation des planètes du Système solaire, la majorité se trouvant dans une ceinture circulaire entre Mars et Jupiter. Ces corps rocheux présentent des formes et des tailles variées, mais de nouvelles images de (44) Nysa, situé à la limite intérieure de la ceinture d’astéroïdes, révèlent une structure inhabituelle, unique en son genre ! © ESO, K. Minker et al.
Deux scénarios de formation
Les observations montrent aujourd’hui que (44) Nysa mesure environ 80 kilomètres de diamètre, mais surtout « qu’il constitué de trois masses distinctes, ou « lobes », reliées par deux régions plus étroites entourant l’astéroïde, appelées « cols ». Jusqu’à présent, tous les astéroïdes présentant un col avaient été interprétés comme des objets bilobés, c’est-à-dire formés de seulement deux lobes. Mais (44) Nysa possède une structure trilobée unique », annonce le communiqué de l’ESO.
Celui-ci précise que « l’équipe avance deux explications possibles à cette forme étrange. Soit l’astéroïde provient d’un objet unique qui aurait été fortement déformé par des collisions, soit il s’agit d’un assemblage de trois objets qui seraient entrés en collision avant de fusionner, les cols s’étant formés au niveau de leurs zones de contact ».
De nouvelles études devront départager ces hypothèses.
