Depuis quelques années, une rumeur persistante refait surface : se curer le nez augmenterait le risque de développer la maladie d’Alzheimer. L’origine de cette affirmation ? Une étude scientifique menée sur des souris en 2022 et dont les travaux ont été publiés dans Nature. Mais faut-il vraiment s’alarmer et arrêter cette habitude anodine ?

Alzheimer et bactérie nasale : ce que révèle l’étude de 2022

En 2022, des chercheurs de l’université Griffith en Australie ont mené une expérience sur des souris pour étudier l’impact de la bactérie Chlamydia pneumoniae sur le cerveau. Ils ont découvert que, lorsque cette bactérie était introduite dans la cavité nasale des rongeurs, elle pouvait atteindre leur cerveau en empruntant le nerf olfactif. Résultat : des signes précoces de modifications cérébrales similaires à celles observées dans la maladie d’Alzheimer.

Outre le fait que manger une crotte de nez est dégoûtant, cela revient à ingérer des germes contenus dans le mucus, des métaux toxiques et des contaminants environnementaux. © MiguelAngel, Adobe Stock
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les crottes de nez

Savez-vous ce qu’est la rhinotillexomanie ? Il s’agit de la chasse aux crottes de nez. Si vous les manger ensuite, cela s’appelle de la mucophagie. Voici pour le tableau peu ragoutant. Or, compulsive ou non, cette habitude, pour les uns, ou ce trouble psychiatrique, pour les autres, peut avoir de graves conséquences, entre autres favoriser l’entrée de méchantes bactéries dans le corps ou l’ingestion de germes contenus dans le mucus… et bien d’autres encore…. Lire la suite

Mais il y a un hic. Pour favoriser l’infiltration de la bactérie, les chercheurs ont intentionnellement endommagé la muqueuse nasale des souris à l’aide d’un produit chimique. Une altération bien plus extrême qu’un simple grattage du nez ! Rien ne prouve que cette expérience puisse être transposée à l’Homme, et encore moins que se curer le nez soit un facteur de risque avéré pour la maladie d’Alzheimer.


Rien ne prouve que se curer le nez soit un facteur de risque avéré pour la maladie d’Alzheimer. © Cookie Studio, Adobe Stock

Un simple geste du quotidien pourrait-il vraiment favoriser la démence ?

L’étude a été relayée de nombreuses fois, laissant croire que ce geste courant pourrait favoriser la démence. Pourtant, plusieurs neuroscientifiques ont dénoncé cette interprétation hâtive. Le professeur Bryce Vissel, spécialiste des maladies neurodégénératives, estime qu’aucune preuve scientifique ne vient étayer cette hypothèse.

La maladie d'Alzheimer prend-elle naissance dans la bouche ? © ZoraZhuang, iStock
Voici la piste infectieuse explorée par des chercheurs pour comprendre l’origine de la maladie d’Alzheimer

Une découverte troublante lie la maladie d’Alzheimer à une bactérie présente dans nos bouches. Des chercheurs ont identifié Porphyromonas gingivalis, responsable des maladies gingivales, dans le cerveau de patients atteints d’Alzheimer. Cette piste infectieuse pourrait réformer notre compréhension de cette maladie neurodégénérative dévastatrice…. Lire la suite

Bien que des recherches soient en cours sur le lien entre infections nasales et démence, il est crucial de distinguer les faits des suppositions. Nikki-Anne Wilson, chercheuse en neurosciences, rappelle que la maladie d’Alzheimer résulte d’une combinaison complexe de facteurs génétiques et environnementaux. Se curer le nez, un geste quasi universel, n’en fait certainement pas partie.

Il n’y a donc aucune preuve formelle que se curer le nez puisse entraîner la maladie d’Alzheimer. Cependant, il est recommandé de pratiquer ce geste avec douceur afin de ne pas endommager la muqueuse nasale, mais il n’y a aucune raison de s’inquiéter quant à son lien avec la démence à ce jour.