S’il en est conscient aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que le sujet de la détresse vécue par les médecins reste tabou. Si bien que peu de ses collègues en parlent ouvertement, et ce, pour diverses raisons. Mais cette détresse, elle est bien visible dans son milieu et elle ne cesse de prendre de l’ampleur.
Pas plus tard que la fin de semaine dernière, cette triste réalité a touché une fois de plus de plein fouet le Dr Langlois, alors qu’il a constaté qu’un collègue aurait décidé de mettre fin à ses jours.
Quelques mois auparavant, une autre médecin de la région a également décidé que c’en était trop. Elle a elle aussi commis l’irréparable.
«Les médecins “font de l’argent”, ils soignent les autres, ils doivent être forts. Mais sous la façade, la pression est forte, et beaucoup craquent en silence, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. J’ai beaucoup de peine aujourd’hui. J’aurais aimé pouvoir en faire plus. Pouvoir aider à empêcher l’irréparable», écrivait-il la fin de semaine dernière sur ses réseaux sociaux.
Pour Guillaume Langlois, qui est également candidat pour le Parti conservateur du Québec dans Nicolet-Bécancour pour les prochaines élections, il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg, puisqu’il soutient que ce sont cinq collègues qui auraient choisi de s’enlever la vie en quelques mois.
«C’est pourquoi je pense que la détresse des médecins, il faut qu’on en parle.»
Face à ce constat, l’Association des médecins psychiatres du Québec a également dévoilé mercredi la plateforme Santé mentale 2026 qui propose six mesures, dont la première est de nommer un ministre responsable de la santé mentale.
Des chiffres «alarmants»
Mais s’il faut en parler franchement, estime le principal intéressé, c’est que la situation ne cesse de se dégrader.
«J’ai vu la gradation depuis la réforme Barrette. Il y a un avant et un après parce que c’est plus centralisé et les règles se resserrent de plus en plus. C’est vraiment comme un travail à la chaîne. Donc les médecins ne peuvent plus faire ce qu’ils aiment.»
«Il y a aussi une énorme pression pour les obliger à aller dans un autre secteur à cause de la pénurie de médecins. Certains ne sont pas à l’aise et ils sont stressés. Et c’est vraiment difficile parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas traiter de quatre ou cinq patients à la fin de la journée», ajoute-t-il.
Mais en plus de voir la détresse de ses collègues sur le terrain, le Dr Langlois, à titre de médecin à la santé publique, voit les données des récentes études comme un véritable signal d’alarme.
«Juste quand on parle de suicide, on est vraiment surreprésenté, les médecins. Dans les données, on voit que c’est un facteur de risque de suicide d’être médecin aujourd’hui.»
«Il n’est donc pas surprenant de voir qu’un médecin sur deux en ce moment au Québec est en détresse. Mais quand on voit ça, n’importe quel employeur dirait que ça n’a pas d’allure. Tu ne veux pas avoir 50 % de tes employés qui ont des symptômes reliés au travail», déplore-t-il.
Mais une autre statistique frappante pour le professionnel est de constater que plus de 80 % des médecins soutiennent ne pas avoir de satisfaction au travail.
«Avant, il y avait 250 médecins par année qui quittaient la profession. Les deux dernières années, on est à 500 par année, c’est énorme. Et quand on sait que pour les médecins, c’est au minimum sept ans d’études, ils vont souvent décider de rester en poste malgré tout.»
— Dr Guillaume LangloisCordonniers mal chaussés?
Mais alors que l’aide en santé mentale et les ressources sont régulièrement mises de l’avant dans la population, est-ce que les médecins sont des cordonniers mal chaussés en la matière?

«Ça commence à se parler un peu plus, mais ça reste marginal. Au moins, la nouvelle génération, je pense qu’ils ont moins peur de parler de leurs émotions, de ce qu’ils vivent en dedans. Mais il reste qu’il faut garder l’image d’être fort comme médecin», estime-t-il.
«De plus, souvent, les médecins vont avoir tendance à s’isoler au lieu de consulter. Ça explique en partie l’augmentation des suicides et c’est dommage. C’est pour ça que mon message pour les médecins est: “faites attention à vous”.»
Quelles solutions?
Mais face à ce constat, quelles sont les solutions pour contrer ce phénomène grandissant dans le domaine de la santé?
Pour le Dr Langlois, il faut d’abord être en mesure de cibler plus efficacement la détresse.
«C’est un manque dans la profession de faire de la sensibilisation sur le sujet. Il n’y en a clairement pas assez. Donc, pour moi, il ne faut pas se rendre à l’arrêt de travail. Il faut améliorer les conditions de travail avant d’en arriver là.»
— Dr Guillaume Langlois
«Mais il faut aussi accroître la capacité des universités à former des médecins. Et ça, c’est le gouvernement qui a le pouvoir de le faire», ajoute-t-il.
D’ailleurs, rappelle celui qui cumule plus de 20 ans dans le domaine, de l’aide existe pour épauler les médecins qui sont aux prises avec une détresse, notamment via le Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ).