Il suffisait d’une voix nasillarde et d’une boule de poils pour que les souvenirs reviennent. Michel Dejeneffe, le créateur et surtout la voix de Tatayet, est décédé ce vendredi 7 août, nous informe une proche amie du ventriloque. Il est décédé dans la région de Saint-Etienne, en France, où il vivait depuis plusieurs années, après un séjour difficile en soins palliatifs.
Avec lui disparaît une figure de la télévision belge des années 1980 et 1990, mais aussi l’homme qui avait réussi à donner à sa marionnette une personnalité si forte qu’elle avait presque finie par lui voler la vedette.
« Tante Henriette »
L’histoire avait commencé en 1975. À l’époque, Michel Dejeneffe, qui avait notamment exercé le métier d’instituteur, avait monté une petite compagnie théâtrale et se produisait entre autres dans des maisons de retraite. Une pensionnaire lui avait offert un vieux col de fourrure. Il le laisse quelque temps de côté avant d’avoir l’idée d’en faire une marionnette. Tatayet était né. Son nom venait de « Tante Henriette », que, dans sa famille, une petite fille prononçait « Tatayet ».
Le personnage trouve rapidement son identité : une voix haut perchée, un caractère insolent et surtout une liberté de parole que son créateur n’aurait jamais pu s’autoriser lui-même. À la fin des années 1970, Michel Dejeneffe tente l’aventure des cabarets parisiens. Puis la télévision ouvre ses portes au duo.
Avec Michel Drucker
En France, Tatayet apparaît notamment aux côtés de Michel Drucker dès le début des années 1980. Patrick Sébastien lui offrira également une belle exposition. Face aux vedettes, la marionnette peut tout se permettre, ou presque.
Mais c’est évidemment en Belgique que Tatayet devient un phénomène populaire. De 1986 à 1992, le « Tatayet Show » s’installe sur la RTBF et réunit les familles devant le petit écran. La marionnette ne se limite bientôt plus à la télévision. Elle chante, sort des disques, inspire des bandes dessinées et accompagne Michel Dejeneffe sur scène. « Tous au cimetière », sorti en 1986, restera notamment associé au personnage.
Après plus de quatre décennies passées ensemble, Michel Dejeneffe avait décidé de mettre fin aux spectacles en 2017. Il avait alors 67 ans et expliquait que la ventriloquie exigeait désormais trop d’efforts physiques. Il souhaitait notamment transmettre son savoir-faire et former d’autres artistes à cette discipline.
Michel Dejeneffe avait une fille et une compagne. Quant à Tatayet, il est rangé « dans sa valise, dans une chambre de la maison de Michel », nous confie un proche.