Le Meyboom revient pour une 718e édition ce 9 août : voici le programme
Pour rappel, cette tradition du Meyboom remonte à 1213. Certains évoquent une rixe entre Bruxellois et Louvanistes. D’autres sources parlent d’une victoire d’arbalétriers contre des Gantois. Pour honorer la bravoure des Bruxellois victorieux, le « privilège » de planter un « arbre de joie » fut donné à la guilde de Saint-Laurent. Depuis lors, tous les 9 août, un hêtre est coupé en Forêt de Soignes et érigé au cœur de Bruxelles dans un cortège festif.
« Un bafoniste d’adoption »
« Je pars serein », assure le Bûûmdroeger, qui a travaillé comme verrier depuis ses 14 ans. Le Meyboom, il est tombé dedans « par hasard », nous raconte-t-il. « Je travaillais avec des gens des Bas-Fonds. » Et de fil en aiguille, le voilà embarqué dans le milieu du folklore bruxellois. « J’ai passé ma jeunesse dans les Bas-Fonds. Je suis, comme on m’a appelé, un bafoniste d’adoption », rigole l’Etterbeekois, qui a longtemps habité à Schaerbeek.
Jean Tranquille tient à cet enracinement du Meyboom dans ce quartier, largement détruit, des Bas-Fonds, correspondant approximativement au quartier de la Cité administrative. « Avant, la plantation était faite par des gens des Bas-Fonds. Si on n’était pas bafoniste, on ne pouvait pas porter l’arbre. Mais les Bas-Fonds ont été rasés en 56-58. Ces habitants sont partis habiter ailleurs, comme Schaerbeek et Saint-Josse. » D’où le cortège matinal de l’arbre, juste après sa coupe, par ces maisons communales.
Comme Bruxelles, Louvain a aussi planté son Meyboom : « le seul vrai », réclament les Louvanistes« Autrefois, c’était plus convivial »
Les meilleurs souvenirs ? Difficile à dire, réfléchit le porteur d’arbres. « Avec notre ancien président, Toine, on s’amusait beaucoup. Il mettait une belle ambiance. C’était la vraie zwanze. » Une anecdote le marque particulièrement. Il était jeune et est, un 9 août, arrivé en retard à son service militaire à cause du Meyboom. « J’avais raté le train. » Son supérieur, bruxellois, l’avait pour punition fait monter la garde… devant un arbre. « Je me souviens aussi de l’année sans cortège, après le décès du roi Baudouin. »
En septante ans, le Bruxellois a été le témoin d’un folklore en mutation. « Autrefois, c’était plus convivial. C’était davantage une bande de copains. Maintenant, c’est plus gros. Des sous-groupes se forment », constate-t-il. « Je suis le dernier des anciens. Tous mes vieux copains des débuts sont aujourd’hui au ciel. »
Les folkloristes le savent : n’est pas Bûûmdroeger qui veut. L’intronisation est longue, avec parrainage et stage d’admission. Mais surtout : « on est complet », pointe le boss. « Il y a une liste d’attente. Pour qu’une personne entre, il faut qu’une autre quitte. »
Cette rigidité dans la structure, le président des porteurs la défend sans complexe. « Je dis toujours : le jour où je ne serai plus là, vous ferez tout ce que vous voudrez. Mais tant que je suis là, il faut respecter les traditions. »

Bruxelles – Meyboom 2017 (JC Guillaume) ©JC Guillaume »Fier d’avoir porté une tradition aussi ancienne »
Au fil des années, les femmes se sont frayé une place dans ce folklore, qui fut longtemps réservé uniquement aux hommes. Voilà une vingtaine d’années que le groupe des Bûûmettes existe. Mais une ségrégation de genre demeure : seuls les hommes peuvent porter l’arbre.
Je ne vois pas pourquoi les femmes ne pourraient pas porter l’arbre
Sur ce point, Jean Tranquille assure : « Je ne vois pas pourquoi les femmes ne pourraient pas porter l’arbre. » Son épouse, Dominique, membre des Bûûmettes, nous indique que la question est loin de faire l’unanimité au sein des Bûûmettes. « Moi, je ne suis pas pour que les femmes portent l’arbre. On est bien sûr pour l’égalité mais on peut parfois laisser les traditions telles quelles. Mais il y a des Bûûmettes qui le veulent. »
Les Bûûmettes se créent leur place lors du Meyboom : « les mentalités évoluent »
La succession de Jean Tranquille sera décidée par le nouveau comité. « Il faut se battre pour continuer à faire vivre cette belle tradition bruxelloise. Le Meyboom est une fierté bruxelloise, c’est le plus ancien folklore de Bruxelles. »