La région méditerranéenne possède une riche et complexe histoire tectonique. Elle se situe en effet à l’interface entre plusieurs plaques lithosphériques qui s’affrontent depuis des dizaines de millions d’années.

Le paysage méditerranéen moderne a en effet été principalement modelé par l’orogenèse alpine. La formation de cette grande chaîne de montagnes débute il y a environ 90 millions d’années, à la fin du Crétacé. À cette époque, la mer Méditerranée n’existe pas encore. À la place s’étend un petit océan en formation – la Téthys alpine – dont l’existence va toutefois être écourtée par une réorganisation majeure des plaques tectoniques.

Le réservoir Entrepeñas, dans la région Guadalajara, à sec en 2022. © Q, Adobe Stock
L’Espagne est-elle en train de devenir un désert ?

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Le début de l’ouverture de l’océan Atlantique Nord va en effet entraîner une rotation de la plaque africaine, qui, au lieu de s’éloigner de la plaque européenne, va commencer à s’en rapprocher. Le petit océan Téthys disparaît alors dans une zone de subduction qui accommode cette nouvelle phase compressive, jusqu’à ce que finalement la plaque africaine entre en collision avec la plaque européenne, il y a environ 30 millions d’années. Les premiers reliefs des Alpes commencent alors à s’élever lentement.


Les paysages alpins témoignent des forces tectoniques compressives en jeu avec la collision entre les plaques africaines et eurasiennes. © Kurt Stuewe, imaggeo.egu.eu

Péninsule ibérique : un bloc continental qui a bien voyagé !

Cette partie de l’Europe n’est cependant pas la seule à subir une importante réorganisation du paysage tectonique. À l’ouest, les choses bougent aussi. Avant l’ouverture de l’Atlantique, l’actuelle côte ouest du territoire français n’existe pas et est jointive avec le bloc ibérique (qui porte l’actuelle Espagne et le Portugal) !

Ce bloc va finir par se désolidariser de la plaque européenne lors de l’ouverture de l’Atlantique Nord. Un bras de dorsale océanique va en effet se propager le long de l’actuelle marge continentale française, entraînant l’ouverture du golfe de Gascogne.

L'Islande se situe exactement sur la limite entre les plaques tectoniques eurasienne et nord-américaine - Parc National de Thingvellir - Islande. © Nido Huebl, Adobe Stock
À quelle plaque tectonique appartient la France métropolitaine ?

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La microplaque ibérique qui se forme va alors entamer une dérive vers le sud-ouest, suivant un mouvement de rotation anti-horaire. La poussée des autres plaques va ensuite la faire « glisser » vers l’est sur environ 200 kilomètres, jusqu’à ce qu’elle rejoigne sa position actuelle. L’orogenèse alpine, qui affecte l’ensemble du bassin méditerranéen, va alors pousser le bloc ibérique contre l’Europe, donnant ici naissance aux Pyrénées.


Carte montrant la configuration de l’Europe il y a 75 millions d’années, avant l’ouverture complète du golfe de Gascogne. Le bloc Ibérie (IB) n’est pas du tout dans sa position actuelle. © Zoltan Csiki-Sava, Eric Buffetaut, Attila Ősi, Xabier Pereda-Suberbiola, Stephen L. Brusatte, Wikimedia Commons, CC by 4.0

Les différents éléments du paysage tectonique que nous connaissons sont désormais en place. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’ils ne continuent pas d’évoluer ! « Chaque année, les plaques eurasienne et africaine se rapprochent de 4 à 6 mm l’une de l’autre », explique Asier Madarieta, chercheur à l’université du pays Basque.

Toutefois, caractériser cette évolution n’est pas facile. « La limite entre les plaques du côté de l’océan Atlantique et de l’Algérie est très claire, mais elle est bien plus complexe au sud de la péninsule ibérique ! », ajoute le chercheur.

La péninsule ibérique tourne désormais dans l’autre sens !

La limite entre la plaque africaine et la microplaque ibérique se situe au niveau de l’arc de Gibraltar, une zone de déformation très complexe, encore mal caractérisée.

Le continent africain pourrait être en train de se fragmenter en plus de plaques qu'on ne le pensait. © fjik, Adobe Stock
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Pour comprendre les mécanismes à l’œuvre dans cette région à l’interface entre l’Afrique et l’Europe, une équipe de chercheurs a analysé les champs de contrainte et de déformation grâce à des données satellitaires et de paléosismologie. Et ces données confirment que la péninsule ibérique est désormais dans un mouvement de rotation horaire ! En cause : l’Afrique pousse directement sur la péninsule ibérique à l’ouest du détroit, tandis qu’à l’est cette contrainte est absorbée par la croûte de l’arc de Gibraltar.

Ces nouvelles données aident d’ailleurs à mieux identifier les potentielles failles actives et l’aléa sismique dans les Pyrénées. Les résultats ont été publiés dans la revue Gondwana Research.